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	<title>Archives des société - Radio Télé Masseillan Info</title>
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	<description>Plus de sens à l&#039;info !</description>
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	<title>Archives des société - Radio Télé Masseillan Info</title>
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		<title>Au Festival des Mets et des Mots, Carline Irantus sert la mémoire d’Haïti à table</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pèlerin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 17:06:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du 29 au 31 mai 2026, la Cité internationale de la langue française, au Château de Villers-Cotterêts, a accueilli la troisième édition du Festival des Mets et des Mots ,des Cultures et des Gastronomies francophones. Cet événement a réuni écrivains, artistes, chercheurs et chefs autour de la diversité culturelle et gastronomique du monde francophone. Parmi [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Du 29 au 31 mai 2026, la Cité internationale de la langue française, au Château de Villers-Cotterêts, a accueilli la troisième édition du Festival des Mets et des Mots ,des Cultures et des Gastronomies francophones. Cet événement a réuni écrivains, artistes, chercheurs et chefs autour de la diversité culturelle et gastronomique du monde francophone.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les pays représentés, Haïti s’est distinguée grâce à la présence de la cheffe haïtienne Carline Irantus, fondatrice de Saveur Créole 509. Invitée une nouvelle fois à ce rendez-vous culturel d’envergure, elle a présenté au public la célèbre soupe joumou, véritable symbole de l’histoire et de l’identité haïtiennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, la soupe joumou dépasse le simple cadre de la gastronomie. Autrefois réservée aux colons, elle est devenue, après l’indépendance d’Haïti en 1804, le symbole de la liberté conquise par les anciens esclaves et de la dignité retrouvée d’un peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long du festival, les visiteurs ont découvert à travers cette recette emblématique une page essentielle de l’histoire haïtienne. En partageant ce plat, Carline Irantus a offert bien plus qu’une expérience culinaire : elle a transmis un héritage de résistance, de mémoire et de fierté nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’événement a également été marqué par la présence de Son Excellence M. Louino Volcy, ambassadeur d’Haïti en France, dont la participation a souligné l’importance du rayonnement de la culture haïtienne au sein de la francophonie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Villers-Cotterêts, entre les mots des écrivains et les saveurs des cuisines du monde, la soupe joumou a une nouvelle fois porté la voix d’Haïti. Grâce à l’engagement de la cheffe Carline Irantus, ce patrimoine vivant continue de faire connaître au public international l’histoire, la créativité et la résilience du peuple haïtien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Pèlerin</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Délogée de son espace mythique au Champ de Mars, la Faculté d’Ethnologie célèbre 85 ans de mémoire, de savoir et d’engagement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Wilsonley]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 16:58:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Éducation]]></category>
		<category><![CDATA[La Vigie Universitaire]]></category>
		<category><![CDATA[85 ans]]></category>
		<category><![CDATA[Faculté d’Ethnologie]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
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		<category><![CDATA[Université]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les 29 et 30 mai 2026, dans ses nouveaux locaux à Bourdon, la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (UEH) a célébré son 85e anniversaire autour du thème : « De l’Institut à la Faculté : 85 ans de mémoire, de savoir et d’engagement ». Une commémoration à la fois festive et symbolique, réunissant étudiants, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les 29 et 30 mai 2026, dans ses nouveaux locaux à Bourdon, la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (UEH) a célébré son 85e anniversaire autour du thème : « De l’Institut à la Faculté : 85 ans de mémoire, de savoir et d’engagement ». Une commémoration à la fois festive et symbolique, réunissant étudiants, professeurs, anciens diplômés, artistes et responsables universitaires autour d’une même conviction celle de préserver l’héritage d’une institution qui a largement contribué à la compréhension de la société haïtienne.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-7005" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664-1024x682.jpeg 1024w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664-300x200.jpeg 300w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664-768x511.jpeg 768w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664-1536x1022.jpeg 1536w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5664.jpeg 1639w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Là où résonnaient autrefois les pas des étudiants au cœur du Champ de Mars, les murs de la Faculté d’Ethnologie demeurent aujourd’hui silencieux. Son bâtiment historique, situé dans l’un des secteurs les plus symboliques de la capitale, est devenu inaccessible sous la pression des violences armées qui bouleversent depuis plusieurs années la vie nationale. Pourtant, loin de son espace mythique, l’institution a refusé de céder à l’effacement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fondée en 1941 sous le nom d’Institut d’Ethnologie, dans le sillage du mouvement indigéniste et des réflexions sur l’identité nationale portées notamment par des figures majeures de la pensée haïtienne telles que Jean Price-Mars et Jacques Roumain, l’institution s’est progressivement imposée comme l’un des principaux centres de production de connaissances sur la culture, les croyances, les pratiques sociales et les transformations de la société haïtienne. Héritière d’un courant intellectuel soucieux de réhabiliter les savoirs populaires et les fondements culturels de la nation, elle est devenue au fil des décennies un espace privilégié de recherche, de réflexion critique et de transmission du savoir. Devenue Faculté d’Ethnologie, elle a formé plusieurs générations de chercheurs, de professeurs, d’anthropologues, de sociologues, de psychologues et de cadres publics.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Pendant 85 ans, cet espace a constitué un lieu privilégié de débats intellectuels, de transmission du savoir et d’engagement citoyen », a souligné Wilsonley Simon, l’un des maîtres de cérémonie de l’événement, à l’ouverture des festivités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première journée de célébration a été marquée par une forte dimension scientifique. Après les propos d’ouverture et l’exécution de l’hymne national, les participants ont assisté à deux conférences animées par les professeurs Dr Maxius Bernard, Dr John Picard Byron et Dr Kepler Aurélien, accompagnés d’étudiants intervenant comme discutants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les échanges ont permis de revenir sur le rôle historique de la Faculté dans la construction des savoirs en Haïti, mais également sur les défis auxquels l’enseignement supérieur est confronté dans un contexte national particulièrement difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des moments les plus appréciés de la journée a été la projection d’un projet de documentaire consacré à l’histoire de l’institution. Réalisé par une équipe de communication composée d’anciens et d’actuels étudiants, le film retrace plusieurs décennies de vie universitaire, de luttes intellectuelles et d’engagement académique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les réalisateurs ont annoncé que le documentaire sera bientôt rendu public sur les plateformes numériques, afin de permettre à un plus large public de découvrir cette mémoire collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La journée s’est conclue par une cérémonie de distinction des lauréats des différentes promotions. Pour l’occasion, le comité exécutif de l’Université d’État d’Haïti avait fait le déplacement. Le recteur de l’UEH, le Dr Dieuseul PRÉDÉLUS, a personnellement remis des ordinateurs portables aux étudiants les plus méritants, soulignant la nécessité de promouvoir une culture de l’excellence au sein de l’université publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une fête universitaire malgré les incertitudes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, l’atmosphère a laissé davantage de place à la convivialité et aux retrouvailles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien avant que les premiers accords ne résonnent sur la scène, la faculté vibrait déjà au rythme de la célébration. Dans les allées, étudiants et visiteurs circulaient entre les stands de produits locaux, s’attardaient autour des échiquiers ou s’affrontaient lors de parties de ludo, recréant, le temps d’un après-midi, l’esprit de camaraderie et de convivialité qui animait jadis la cour de Price-Mars.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un pays où l’insécurité limite souvent les espaces de socialisation, cette ambiance de détente et de fraternité a été particulièrement appréciée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rires, discussions, retrouvailles entre anciens camarades et rencontres intergénérationnelles ont contribué à faire de cette célébration un moment rare de cohésion universitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nanm Vodou, l’âme culturelle de la célébration</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour couronner les festivités, le groupe Nanm Vodou a offert l’une des prestations les plus marquantes de l’événement. Au rythme des tambours, des chants traditionnels et d’une présence scénique remarquable, la formation a plongé le public dans l’univers du patrimoine spirituel et culturel haïtien.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-7008" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817-1024x1024.jpeg 1024w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817-300x300.jpeg 300w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817-150x150.jpeg 150w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817-768x769.jpeg 768w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/06/IMG_5817.jpeg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Des morceaux comme&nbsp;<em>Gen yon lwa k pral antre</em>&nbsp;de King Kessy ou encore&nbsp;<em>Kote ou ye Èzili</em>&nbsp;ont été interprétés sous les applaudissements nourris de l’assistance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’odeur de l’ombré répandu dans l’espace, les sonorités des percussions et les chants collectifs ont donné à la soirée une dimension à la fois artistique et symbolique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Issu d’ateliers réalisés dans plusieurs lakou à travers le pays, Nanm Vodou œuvre à la sauvegarde et à la transmission des traditions haïtiennes. Une mission qui rejoint directement celle de la Faculté d’Ethnologie : étudier, comprendre et préserver les patrimoines matériels et immatériels du peuple haïtien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La soirée s’est poursuivie avec la prestation du rappeur OPAK MNG, de son vrai nom Ronald Merisier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à un public largement composé d’étudiants, l’artiste a interprété plusieurs de ses chansons les plus populaires, dont&nbsp;<em>Ti Frè</em>,&nbsp;<em>San Adrès</em>,&nbsp;<em>Padone m</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Yon lòt nwit blanch ankò</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque morceau était repris en chœur par les spectateurs, témoignant de la popularité de l’artiste auprès de la jeunesse universitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le concert s’est achevé sur&nbsp;<em>Pran swen tèt ou</em>, dans une communion presque totale entre le rappeur et son public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis vint le tour du groupe FOLLOW JAH.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les premières notes de l’<em>Hymne à la jeunesse</em>, la foule s’est levée. Chants, danses et interactions avec le public ont transformé la cour de la faculté en une immense scène populaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au-delà de l’aspect festif, le groupe a également porté un message social et politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À plusieurs reprises, les artistes ont repris ce slogan devenu emblématique dans le contexte actuel, introduit par le maître de cérémonie Miwatson St Jour, dont l’énonciation a immédiatement suscité l’adhésion du public, au point d’être chaleureusement porté puis célébré par les étudiants présents :<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Debloke peyi n, debloke peyi n, Ayiti nan mondyal !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Debloke peyi n, debloke peyi n, Ayiti nan mondyal ! »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une manière de rappeler que les aspirations de la jeunesse dépassent largement le cadre universitaire et rejoignent les préoccupations nationales liées à la sécurité, à la mobilité et à l’avenir du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une institution déplacée, mais toujours debout</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette célébration des 85 ans était à la fois un anniversaire et aussi une démonstration de résilience. Contraints de quitter leur site historique du Champ de Mars à cause de la dégradation sécuritaire, les membres de la Faculté d’Ethnologie ont voulu rappeler que l’identité d’une institution ne se limite pas à ses murs. Elle réside également dans sa communauté, dans sa mémoire et dans sa capacité à transmettre le savoir malgré les crises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre-vingt-cinq ans après sa création, la Faculté d’Ethnologie continue ainsi de porter sa mission originelle : comprendre la société haïtienne, préserver sa mémoire collective et former des citoyens capables de penser le pays dans toute sa complexité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une Haïti confrontée à de multiples fractures, cette mission apparaît aujourd’hui plus essentielle que jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">RTMI&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>CHANTIMOUN : des comptines en créole pour reconnecter les enfants haïtiens à leur langue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Wilsonley]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 06:20:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[CHANTIMOUN]]></category>
		<category><![CDATA[Comptines]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Face à l’omniprésence des contenus étrangers consommés par les enfants sur les plateformes numériques, deux jeunes créateurs haïtiens ont décidé de miser sur la musique, le créole et l’imaginaire enfantin. Porté par Fransesce Beauvil et Louis Harry Bourdeau, le projet CHANTIMOUN entend produire et diffuser des chansons éducatives en créole haïtien destinées aux enfants de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Face à l’omniprésence des contenus étrangers consommés par les enfants sur les plateformes numériques, deux jeunes créateurs haïtiens ont décidé de miser sur la musique, le créole et l’imaginaire enfantin. Porté par Fransesce Beauvil et Louis Harry Bourdeau, le projet CHANTIMOUN entend produire et diffuser des chansons éducatives en créole haïtien destinées aux enfants de 0 à 10 ans, en Haïti comme dans la diaspora.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="960" height="706" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/IMG_5243.jpeg" alt="" class="wp-image-6985" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/IMG_5243.jpeg 960w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/IMG_5243-300x221.jpeg 300w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/IMG_5243-768x565.jpeg 768w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /><figcaption class="wp-element-caption">Logo de CHANTIMOUN </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ce projet, les initiateurs souhaitent répondre à un vide qu’ils jugent préoccupant dans l’univers numérique haïtien. « Nous voulons offrir une petite chanson en créole pour chaque petit Créole », expliquent-ils, résumant ainsi la philosophie du projet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Déjà présents sur YouTube avec plusieurs productions comme «&nbsp;Pen ak Kafe&nbsp;», «&nbsp;Bebe pa kriye&nbsp;» ou encore «&nbsp;An n aprann&nbsp;», les deux porteurs du projet construisent progressivement un univers musical pensé pour les jeunes enfants. Les contenus proposés combinent chansons courtes, rythmiques simples et animations 2D ou 3D adaptées au développement cognitif et émotionnel des tout-petits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les responsables de CHANTIMOUN, l’enjeu dépasse largement le simple divertissement. « Aujourd’hui, les enfants haïtiens consomment majoritairement des contenus en anglais, en espagnol ou en français, souvent sans comprendre les messages », soulignent-ils. Selon eux, cette exposition massive fragilise progressivement l’apprentissage du créole et le lien culturel, notamment chez les enfants vivant à l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet se veut ainsi à la fois éducatif, culturel et linguistique. « La musique est l’un des outils d’apprentissage les plus efficaces chez l’enfant. Elle facilite la mémorisation, développe le vocabulaire et renforce la confiance émotionnelle », affirme Fransesce, chanteuse, journaliste présentatrice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur vision, CHANTIMOUN ne doit pas être perçu comme une simple série de comptines, mais comme « une plateforme éducative numérique » offrant aux familles un espace sécurisé et adapté aux enfants. Parents et éducateurs pourraient ainsi accéder à des contenus exempts de violence ou de messages inappropriés, tout en valorisant la langue maternelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet s’inscrit également dans une démarche de transmission culturelle. À travers les chansons, les créateurs souhaitent préserver un rapport vivant au créole dès les premières années de l’enfance. Ils évoquent notamment les difficultés de communication qui apparaissent parfois entre les enfants de la diaspora et leurs grands-parents restés en Haïti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En misant sur le numérique, CHANTIMOUN espère toucher des milliers de familles haïtiennes à travers le monde. Les porteurs du projet y voient aussi « un investissement social, culturel et éducatif durable », capable de contribuer à la construction d’une marque numérique haïtienne destinée à l’enfance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un paysage où les contenus pour enfants en créole restent encore rares, CHANTIMOUN tente ainsi d’ouvrir une nouvelle voie qui est celle d’une enfance bercée par des comptines qui parlent sa langue, racontent son monde et chantent son identité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Wilsonley SIMON&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">simonwilsonley35@gmail.com</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Haïti crucifiée : le silence complice d&#8217;un État qui dévore ses propres enfants</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RTMI]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 12:02:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il existe des crimes que l'histoire ne pardonne jamais - celui d'un État qui regarde mourir son peuple en souriant en est le plus abominable.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Il existe des crimes que l&rsquo;histoire ne pardonne jamais &#8211; celui d&rsquo;un État qui regarde mourir son peuple en souriant en est le plus abominable.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des réalités tellement douloureuses que les mots semblent insuffisants pour les contenir. Des vérités tellement crues, tellement nues, tellement indécentes dans leur brutalité, que la langue hésite, recule, cherche ses respirations avant de plonger dans l&rsquo;abîme. Mais il faut plonger. Il faut regarder. Il faut nommer. Parce que le silence, en Haïti aujourd&rsquo;hui, est devenu la forme la plus sophistiquée de la complicité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des familles entières — des femmes portant leurs nourrissons contre leur poitrine comme des boucliers de chair contre la barbarie, des vieillards dont les genoux tremblent sous le poids des années et des douleurs accumulées, des enfants aux pieds nus qui n&rsquo;ont jamais connu d&rsquo;autre horizon que celui de la violence — errent dans les rues de leur propre pays comme des étrangers, comme des fantômes dans une ville qui ne les reconnaît plus. Elles n&rsquo;ont pas traversé des océans. Elles n&rsquo;ont pas fui un pays ennemi. Elles ont été chassées de leurs propres maisons, dans leur propre pays, par des forces que leur propre État a créées, nourries et protégées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la réalité haïtienne en 2026. Voilà le bilan d&rsquo;années de gouvernance criminelle, de corruption institutionnalisée, de trahison érigée en politique d&rsquo;État. Voilà ce que l&rsquo;indifférence organisée produit quand on lui laisse suffisamment de temps pour faire son œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la catastrophe haïtienne dans toute sa profondeur, il faut remonter aux sources. Il faut comprendre que les gangs qui ensanglantent aujourd&rsquo;hui Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets, Martissant, Cité Soleil, et désormais des régions entières du pays, ne sont pas une excroissance spontanée du mal. Ils ne sont pas une fatalité géographique, ni une malédiction divine, ni le produit inévitable de la pauvreté. Ils sont le résultat calculé, délibéré et méthodique d&rsquo;une stratégie politique qui a transformé la terreur en instrument de gouvernance.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis des décennies, des hommes politiques sans scrupules — appartenant à tous les partis, à toutes les générations, à toutes les classes sociales — ont compris que dans un État sans institutions solides, sans justice indépendante, sans forces de l&rsquo;ordre professionnelles et intègres, celui qui contrôle la violence contrôle tout. Alors ils ont investi dans la violence. Ils ont recruté des jeunes hommes désespérés, enfants d&rsquo;une pauvreté que ces mêmes politiciens perpétuaient consciencieusement. Ils leur ont donné des armes importées de l&rsquo;étranger avec une facilité suspecte. Ils leur ont donné de l&rsquo;argent, du pouvoir, du territoire. Ils leur ont donné — et c&rsquo;est peut-être le cadeau le plus empoisonné de tous — un sentiment d&rsquo;existence dans un pays où être pauvre et noir et sans connections vous rend pratiquement invisible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces jeunes hommes sont devenus des outils. Des outils électoraux pour intimider les opposants et bourrer les urnes. Des outils économiques pour contrôler des territoires, des marchés, des flux de marchandises. Des outils sociaux pour maintenir dans la terreur des populations qui auraient pu, autrement, exiger leurs droits et demander des comptes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les outils finissent toujours par échapper à ceux qui les manient. Le monstre qu&rsquo;on nourrit finit toujours par se retourner contre son créateur — et contre tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Aujourd&rsquo;hui, les gangs haïtiens ne répondent plus à un seul maître. Ils ont leur propre logique, leur propre économie, leur propre territoire, leur propre loi. Ils contrôlent des portions entières du territoire national. Ils bloquent des routes nationales. Ils attaquent des commissariats, des prisons, des hôpitaux. Ils dictent leurs conditions à un État qui les a créés et qui tremble maintenant devant sa propre créature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pendant ce temps, les populations civiles — qui n&rsquo;ont rien demandé, qui n&rsquo;ont jamais signé aucun pacte avec le diable — paient le prix de cette folie collective avec leurs maisons, leurs commerces, leurs familles, et trop souvent, avec leurs vies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand des familles entières abandonnent leurs quartiers en courant, avec pour seuls bagages ce qu&rsquo;elles ont pu saisir à la va-vite — quelques vêtements froissés, des papiers d&rsquo;identité, un peu de nourriture pour les enfants — elles ne fuient pas seulement des balles. Elles fuient l&rsquo;effondrement total d&rsquo;un contrat social qui n&rsquo;a peut-être jamais vraiment existé pour elles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces déplacements massifs ne sont pas des accidents de parcours. Ils sont la cartographie vivante de l&rsquo;échec de l&rsquo;État haïtien. Chaque famille déplacée est une ligne supplémentaire dans le réquisitoire que l&rsquo;histoire dresse contre ceux qui ont gouverné ce pays dans le mépris et la prédation. Chaque enfant qui dort à la belle étoile sur un carton, dans un parc, sous un arbre, dans les couloirs d&rsquo;une école transformée en refuge, est une accusation vivante, respirante, qui ne se taira jamais vraiment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les zones abandonnées deviennent des déserts humains que les gangs s&rsquo;approprient, qu&rsquo;ils transforment en bases opérationnelles, en arsenaux, en territoires de non-droit où l&rsquo;État n&rsquo;existe que comme une abstraction lointaine et inefficace. Et plus ces zones s&rsquo;étendent, plus l&rsquo;État rétrécit. Plus l&rsquo;État rétrécit, plus les zones d&rsquo;ombre s&rsquo;agrandissent. C&rsquo;est un cycle infernal, une spirale descendante dont personne au pouvoir ne semble avoir la volonté, ni peut-être l&rsquo;intérêt, de briser la logique mortelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car il faut le dire avec toute la clarté que la situation exige : certains profitent du chaos. Certains font des affaires prospères dans l&rsquo;instabilité. Certains importent des armes que les gangs utilisent. Certains rachètent à des prix dérisoires les propriétés abandonnées par des familles terrorisées. Certains utilisent le désordre ambiant pour justifier leur maintien au pouvoir en l&rsquo;absence de toute légitimité démocratique. Le chaos haïtien n&rsquo;est pas seulement une tragédie — c&rsquo;est aussi, pour certains, une opportunité commerciale et politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe, dans le vocabulaire de la philosophie politique, un concept que Hannah Arendt appelait « le droit d&rsquo;avoir des droits » — cette idée fondamentale que tout être humain, simplement par le fait d&rsquo;être humain, mérite d&rsquo;être reconnu comme tel par une communauté politique organisée. Ce droit élémentaire, cette reconnaissance minimale de l&rsquo;humanité de chaque individu, est précisément ce que l&rsquo;État haïtien refuse systématiquement à ses propres citoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Observons les faits avec la froideur clinique qu&rsquo;ils méritent. Dans les nations qui prétendent à la civilisation — et même dans certaines qui n&rsquo;y prétendent pas — un animal domestique abandonné bénéficie de protections légales. Des associations veillent à son bien-être. Des refuges l&rsquo;accueillent. Des vétérinaires le soignent. Des lois punissent ceux qui le maltraitent. La société mobilise des ressources considérables pour assurer que même la bête la plus humble ne souffre pas inutilement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Haïti, un être humain — un citoyen qui a le droit constitutionnel à la sécurité, à l&rsquo;éducation, à la santé, à la justice — n&rsquo;a accès à aucune de ces protections élémentaires. Il ne peut pas se rendre à l&rsquo;hôpital sans risquer d&rsquo;être pris en otage dans un carrefour contrôlé par un gang. Il ne peut pas envoyer ses enfants à l&rsquo;école sans craindre qu&rsquo;ils ne rentrent jamais. Il ne peut pas porter plainte à la police sans savoir que la police est souvent infiltrée, compromise ou simplement absente. Il ne peut pas faire confiance à la justice parce que la justice a depuis longtemps choisi son camp — et ce n&rsquo;est pas le sien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité constitue ce qu&rsquo;on pourrait appeler, sans exagération, une déshumanisation institutionnelle. L&rsquo;État haïtien, par son inaction, par sa corruption, par sa complicité active avec les forces du chaos, envoie chaque jour à ses citoyens le même message silencieux mais assourdissant : vous ne comptez pas. Votre vie n&rsquo;a pas de valeur. Votre douleur ne nous intéresse pas. Débrouillez-vous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce message que reçoivent ces familles déplacées, assises dans la poussière de leur propre pays, attendant une aide qui ne vient jamais, espérant un retour qui semble de plus en plus improbable, survivant avec la seule force de cette résilience haïtienne qui force l&rsquo;admiration tout en nous désespérant — parce qu&rsquo;une résilience qui n&rsquo;est jamais récompensée finit par ressembler à de la résignation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le présent haïtien est une tragédie, l&rsquo;avenir est une catastrophe annoncée. Et au cœur de cette catastrophe se trouve la question de la jeunesse — cette génération née dans la tourmente, grandie dans la violence, et condamnée, si rien ne change, à disparaître dans l&rsquo;obscurité que ses prédateurs ont soigneusement entretenue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque jeune homme recruté de force dans les rangs d&rsquo;un gang — souvent sous la menace d&rsquo;une mort certaine s&rsquo;il refuse, souvent après avoir vu son quartier tomber et ses alternatives disparaître une à une — représente une perte incalculable pour ce pays. Dans cet adolescent qu&rsquo;on transforme en soldat de la terreur, il y avait peut-être un chirurgien capable de sauver des milliers de vies, un architecte capable de reconstruire une ville, un enseignant capable d&rsquo;ouvrir des esprits, un artiste capable de donner à Haïti une nouvelle voix dans le concert des nations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne tue pas seulement des corps en Haïti. On assassine des vocations. On éteint des étoiles avant qu&rsquo;elles aient eu le temps de briller. On coupe des ailes avant que les oiseaux aient appris à déployer leur envergure. Et cette perte — cette hémorragie silencieuse de potentiel humain — est peut-être la plus grande, la plus irréparable de toutes les pertes que ce pays a subies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les jeunes femmes ne sont pas épargnées. Dans les zones contrôlées par les gangs, elles font face à des violences d&rsquo;une brutalité systématique — des violences utilisées comme armes de guerre, comme outils de domination territoriale, comme moyens de terroriser des communautés entières. Ces violences laissent des cicatrices que aucune reconstruction physique ne pourra effacer. Elles brisent des vies, détruisent des rêves, volent des avenirs. Et elles se perpétuent dans le silence complice d&rsquo;un État qui regarde ailleurs et d&rsquo;une communauté internationale qui produit des rapports consternés sans jamais agir à la hauteur de l&rsquo;urgence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La jeunesse haïtienne mérite infiniment mieux que d&rsquo;être le butin de guerre de criminels que le pouvoir a laissés s&rsquo;installer. Elle mérite des écoles qui ouvrent leurs portes sans interruption. Elle mérite des universités accessibles qui ne soient pas des luxes réservés à une élite. Elle mérite des horizons ouverts, des opportunités réelles, des espaces de liberté où elle peut rêver, créer, construire — pour elle-même et pour ce pays qu&rsquo;elle aime malgré tout, avec une fidélité qui devrait nous faire honte à tous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne peut pas parler de la crise haïtienne sans évoquer la dimension internationale de cette tragédie. Haïti n&rsquo;est pas une île coupée du monde. Elle est au contraire profondément insérée dans des dynamiques régionales et mondiales qui ont largement contribué à sa situation actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dette de l&rsquo;indépendance — ces 150 millions de francs-or extorqués à Haïti par la France comme condition de la reconnaissance de sa liberté, une dette absurde et criminelle que le pays a mis plus d&rsquo;un siècle à rembourser, se privant ainsi des ressources nécessaires à son développement — reste une plaie historique qui saigne encore. Les interventions militaires répétées qui ont déstabilisé les institutions haïtiennes au lieu de les renforcer. Les programmes d&rsquo;ajustement structurel qui ont détruit les capacités productives locales. L&rsquo;aide internationale qui arrive sous forme de conditionnalités humiliantes et repart en grande partie dans les poches de consultants étrangers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et aujourd&rsquo;hui, les armes qui armipent les gangs haïtiens — ces armes qui terrorisent des populations entières — viennent de quelque part. Elles traversent des frontières. Elles sont fabriquées dans des usines situées dans des pays qui se présentent comme des défenseurs des droits humains. Ces flux d&rsquo;armes illicites ne pourraient pas exister sans une complicité — active ou passive — de réseaux internationaux qui profitent de l&rsquo;instabilité haïtienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La communauté internationale qui se dit préoccupée par la situation haïtienne doit cesser de traiter ce pays comme un patient chronique à maintenir sous perfusion humanitaire et commencer à s&rsquo;attaquer aux causes profondes de la crise — y compris celles dont elle est elle-même partie prenante. La solidarité internationale ne peut pas se limiter à envoyer des containers de nourriture et des résolutions du Conseil de Sécurité. Elle doit inclure la restitution de la dette historique, le tarissement des flux d&rsquo;armes illicites, le gel des avoirs des oligarques haïtiens qui pillent leur pays depuis des paradis fiscaux étrangers, et le soutien réel — pas rhétorique — à la construction d&rsquo;institutions haïtiennes indépendantes et efficaces.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons trop longtemps attendu. Trop longtemps espéré. Trop longtemps fait confiance à des promesses qui se dissolvaient au contact de la réalité. Trop longtemps accepté des solutions partielles, des réponses cosmétiques, des gestes symboliques qui ne changeaient rien à la substance d&rsquo;une oppression systématique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, nous ne demandons plus. Nous exigeons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous exigeons la fin immédiate de l&rsquo;impunité. Chaque individu — politicien, homme d&rsquo;affaires, officier de police, fonctionnaire — qui a financé, armé, protégé ou couvert des groupes armés criminels doit être identifié, arrêté, jugé et condamné. Pas dans dix ans. Pas après une commission d&rsquo;enquête qui durera une décennie. Maintenant. La justice différée est une injustice supplémentaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous exigeons un désarmement réel et vérifiable. Pas un programme de désarmement volontaire qui se transforme en amnistie déguisée pour les criminels. Un désarmement forcé, courageux, systématique, appuyé par une volonté politique sans failles et des moyens humains et matériels à la hauteur de l&rsquo;enjeu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous exigeons la reconstruction digne des communautés détruites. Les familles déplacées ont le droit de rentrer chez elles — dans des maisons sécurisées, dans des quartiers où l&rsquo;État est présent, dans des communautés où les enfants peuvent aller à l&rsquo;école sans risquer leur vie. Pas des camps de déplacés qui durent des générations. Un retour digne, accompagné, soutenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous exigeons la refondation totale des institutions de sécurité. Une police nationale professionnelle, bien formée, bien équipée, bien payée et bien supervisée. Des mécanismes de contrôle indépendants. Une tolérance zéro pour la corruption et la complicité avec les groupes criminels. Une justice pénale qui fonctionne, avec des juges indépendants, des prisons qui ne sont pas des passoires, et des procédures qui respectent à la fois les droits des accusés et ceux des victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous exigeons un investissement massif et immédiat dans la jeunesse. Des écoles dans toutes les zones affectées, opérationnelles, gratuites, accessibles. Des programmes de réinsertion pour les jeunes qui ont été enrôlés de force dans les gangs et qui veulent en sortir. Des opportunités économiques réelles dans les quartiers pauvres, pour que le recrutement forcé perde de son pouvoir de séduction pour ceux qui n&rsquo;ont rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose de profondément subversif dans le fait d&rsquo;aimer Haïti aujourd&rsquo;hui. Dans le fait de refuser de se laisser convaincre que tout est perdu. Dans le fait de continuer à croire, malgré tout, malgré les images insoutenables, malgré les statistiques accablantes, malgré les nuits sans sommeil et les matins sans certitude — de continuer à croire que ce pays peut se relever, qu&rsquo;il se relèvera, parce qu&rsquo;il porte en lui une force que ses ennemis n&rsquo;ont jamais réussi à éteindre complètement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette force, c&rsquo;est la mémoire de 1804. C&rsquo;est le souvenir de femmes et d&rsquo;hommes qui n&rsquo;avaient rien — pas d&rsquo;armée professionnelle, pas d&rsquo;alliés puissants, pas d&rsquo;armes sophistiquées — et qui ont quand même choisi de se battre pour leur dignité contre l&#8217;empire le plus puissant de leur époque. Et qui ont gagné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette force, c&rsquo;est la résilience extraordinaire d&rsquo;un peuple qui a survécu à tout — aux dictatures, aux catastrophes naturelles, aux embargos, aux humiliations répétées — et qui continue, chaque matin, à se lever, à nourrir ses enfants, à construire quelque chose, à résister à l&rsquo;abandon avec une ténacité qui force le respect et arrache les larmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette force, c&rsquo;est nous. C&rsquo;est notre indignation. C&rsquo;est notre refus de nous habituer à l&rsquo;inacceptable. C&rsquo;est notre insistance à nommer les responsables, à documenter les crimes, à maintenir vivante la mémoire des victimes que le pouvoir voudrait effacer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre amour pour Haïti est une forme de résistance politique. Notre douleur est une accusation. Notre exigence de justice est un acte révolutionnaire dans un pays où l&rsquo;impunité a été érigée en système de gouvernance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire jugera. Elle juge toujours. Elle prend note de chaque crime, de chaque lâcheté, de chaque trahison — et elle les inscrit dans son grand livre avec une encre que rien n&rsquo;efface jamais. Les noms de ceux qui ont livré Haïti aux gangs, qui ont vendu la sécurité de leurs concitoyens pour des poignées de dollars et des parts de pouvoir, seront dans ce livre. Et les générations futures les liront avec le même dégoût que nous lisons aujourd&rsquo;hui les noms des grands traîtres de l&rsquo;histoire humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l&rsquo;histoire gardera aussi les noms de ceux qui ont résisté. De ceux qui ont refusé de se taire. De ceux qui ont continué à se battre pour la dignité de leur peuple quand tout semblait perdu. De ceux qui ont aimé Haïti assez fort pour lui dire la vérité en face, même quand cette vérité brûlait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Haïti ne mourra pas. Pas parce que ses ennemis manquent de volonté pour la tuer. Mais parce que ses enfants &#8211; ceux de l&rsquo;intérieur comme ceux de la diaspora, ceux qui pleurent et ceux qui se battent, ceux qui écrivent et ceux qui marchent &#8211; refusent, avec une obstination magnifique et nécessaire, de lui écrire son épitaphe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dernier mot n&rsquo;appartient pas aux gangs. Il n&rsquo;appartient pas aux politiciens corrompus. Il n&rsquo;appartient pas aux profiteurs du chaos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dernier mot appartient au peuple haïtien. Et ce peuple a décidé de vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">RTMI </p>
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		<title>Fête du Drapeau 2026 : Célébrer sous le poids du sang et de la honte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Johnny Joseph]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 11:40:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Angle engagé]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[18 mai 2026]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 18 mai. Une date gravée dans la mémoire collective d&#8217;un peuple qui, il y a plus de deux siècles, a osé l&#8217;impossible : briser ses chaînes, déchirer le drapeau colonial et coudre à sa place les couleurs d&#8217;une liberté chèrement conquise. Le 18 mai devrait être un jour de fierté, de recueillement, de réaffirmation [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le 18 mai. Une date gravée dans la mémoire collective d&rsquo;un peuple qui, il y a plus de deux siècles, a osé l&rsquo;impossible : briser ses chaînes, déchirer le drapeau colonial et coudre à sa place les couleurs d&rsquo;une liberté chèrement conquise. Le 18 mai devrait être un jour de fierté, de recueillement, de réaffirmation de notre identité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comment célébrer aujourd&rsquo;hui ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment brandir ce drapeau bicolore avec la poitrine gonflée d&rsquo;orgueil quand ce même drapeau flotte au-dessus d&rsquo;un pays qui saigne ? Quand les rues de Port-au-Prince, de Pont-Sondé, de Lizon, de Canaan sont jonchées de corps d&rsquo;innocents tombés sous les balles des gangs — ces mêmes gangs que l&rsquo;on soupçonne d&rsquo;être les bras armés d&rsquo;un pouvoir sans visage, sans légitimité, sans âme ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année encore, la Fête du Drapeau se tient dans un contexte de terreur généralisée. Des milliers de familles ont fui leurs maisons, leurs quartiers, leurs villes. Des enfants ont vu leurs parents mourir devant eux. Des femmes ont été violentées. Des hommes exécutés. Et pendant ce temps, le gouvernement — si l&rsquo;on peut encore appeler ainsi cette structure opaque qui prétend nous gouverner — continue de regarder ailleurs, quand il ne collabore pas ouvertement avec ceux qui font couler ce sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Célébrer la Fête du Drapeau dans ce contexte, c&rsquo;est célébrer sur des tombes. C&rsquo;est chanter l&rsquo;hymne national avec dans la gorge le cri étouffé de ceux qui n&rsquo;ont plus de voix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce drapeau — bleu et rouge, né à Arcahaie le 18 mai 1803 — n&rsquo;a jamais été cousu pour la résignation. Il a été cousu pour la résistance. Dessalines, Christophe, Capois-la-Mort ne se sont pas battus pour que leurs descendants vivent à genoux, otages de chefs de gang et de politiciens véreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Fête du Drapeau devrait donc être, cette année plus que jamais, un moment de réveil collectif. Un moment où chaque Haïtien, chaque Haïtienne, regarde ce drapeau en face et se demande : qu&rsquo;avons-nous fait de l&rsquo;héritage de ceux qui ont tout sacrifié pour nous ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La misère a brisé des reins. La faim a éteint des regards. La peur a paralysé des quartiers entiers. Et pourtant — et c&rsquo;est là toute la tragédie — le peuple haïtien continue de survivre, de résister, d&rsquo;espérer malgré tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question mérite d&rsquo;être posée. Certains diront qu&rsquo;il faut célébrer coûte que coûte, pour ne pas laisser les bourreaux nous voler jusqu&rsquo;à notre identité. D&rsquo;autres estimeront que danser pendant que le pays brûle, c&rsquo;est trahir les morts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux positions se comprennent. Mais une chose est certaine : cette Fête du Drapeau ne peut pas être une fête ordinaire. Elle ne peut pas se résumer à des défilés de façade et à des discours creux prononcés par des officiels dont les mains ne sont pas propres. Cette fête doit être un acte de conscience. Un moment où l&rsquo;on nomme les coupables. Où l&rsquo;on honore les victimes. Où l&rsquo;on refuse l&rsquo;amnésie collective que l&rsquo;on tente de nous imposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Honorer ce drapeau aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est exiger justice pour les massacres impunis. C&rsquo;est refuser de normaliser la barbarie. C&rsquo;est tenir debout — pas pour applaudir ceux qui nous gouvernent, mais pour leur rappeler que ce pays appartient à son peuple, et non aux gangs qui le terrorisent avec leur bénédiction tacite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le drapeau haïtien porte en lui la mémoire d&rsquo;hommes et de femmes qui ont préféré mourir libres plutôt que de vivre enchaînés. En ce 18 mai 2026, la moindre des choses que nous leur devons, c&rsquo;est de ne pas fermer les yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sang des innocents crie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le drapeau, lui, attend que nous répondions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Johnny JOSEPH</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>La dette générationnelle et l&#8217;émergence du phénomène des gangs en Haïti</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Johnny JOSEPH]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 12:42:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Vigie Universitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Capital humain]]></category>
		<category><![CDATA[Dette générationnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Gangs]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La dette générationnelle et l&#8217;émergence du phénomène des gangs en Haïti : une analyse socio-structurelle des défaillances du capital humain et institutionnel Auteur&#160;: Johnny JOSEPH Résumé La société haïtienne paie aujourd&#8217;hui le coût exponentiel des défaillances structurelles accumulées par les générations précédentes, lesquelles ont négligé d&#8217;investir de manière substantielle dans le capital humain, éducatif et [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La dette générationnelle et l&rsquo;émergence du phénomène des gangs en Haïti : une analyse socio-structurelle des défaillances du capital humain et institutionnel</strong></p>



<pre class="wp-block-verse"><strong>Auteur&nbsp;: Johnny JOSEPH</strong></pre>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résumé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La société haïtienne paie aujourd&rsquo;hui le coût exponentiel des défaillances structurelles accumulées par les générations précédentes, lesquelles ont négligé d&rsquo;investir de manière substantielle dans le capital humain, éducatif et institutionnel des générations suivantes. Telle une fondation fissurée sur laquelle on aurait érigé un édifice de plusieurs étages, l&rsquo;absence d&rsquo;investissement dans la jeunesse a fragilisé l&rsquo;ensemble du tissu social, provoquant l&rsquo;effritement progressif des structures familiales et communautaires. C&rsquo;est précisément dans ces espaces de vulnérabilité et d&rsquo;abandon institutionnel que le phénomène des gangs armés a trouvé un terreau fertile pour se développer, s&rsquo;organiser et se perpétuer, constituant ainsi une réponse pathologique à une rupture transgénérationnelle profonde du lien social. Le présent article propose une analyse socio-structurelle de ce processus, en articulant les théories du capital humain, de la désorganisation sociale et de l&rsquo;anomie pour éclairer les dynamiques profondes à l&rsquo;œuvre dans la crise sécuritaire contemporaine en Haïti.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mots-clés :&nbsp;</strong><em>capital humain, gangs armés, désorganisation sociale, rupture transgénérationnelle, Haïti, anomie, investissement éducatif.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>I. Introduction</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Haïti traverse depuis plusieurs décennies une crise sécuritaire d&rsquo;une ampleur sans précédent, dont l&rsquo;une des manifestations les plus visibles et les plus dévastatrices demeure la prolifération des gangs armés sur l&rsquo;ensemble du territoire national. Si ce phénomène est souvent analysé sous l&rsquo;angle conjoncturel — crises politiques, instabilité gouvernementale, pauvreté extrême —, une lecture structurelle et diachronique s&rsquo;impose pour en saisir les racines profondes. Il convient, en effet, de dépasser les explications superficielles pour interroger les mécanismes transgénérationnels qui ont conduit à l&rsquo;effondrement progressif du tissu social haïtien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La thèse centrale défendue dans cet article est la suivante : la violence armée contemporaine en Haïti est, pour une part significative, le produit d&rsquo;une dette générationnelle accumulée — c&rsquo;est-à-dire d&rsquo;un déficit systémique et persistant d&rsquo;investissement dans le capital humain, éducatif et institutionnel des générations successives. Cette négligence structurelle a engendré un effondrement des structures familiales et communautaires, créant ainsi des conditions sociales propices à l&rsquo;émergence et à la consolidation des organisations criminelles armées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour étayer cette thèse, nous mobilisons un cadre théorique pluridisciplinaire articulant la théorie du capital humain (Becker, 1964 ; Schultz, 1961), la théorie de la désorganisation sociale (Shaw &amp; McKay, 1942), la théorie de l&rsquo;anomie (Durkheim, 1897 ; Merton, 1938), ainsi que les travaux récents sur la vulnérabilité institutionnelle et la reproduction de la pauvreté dans les États fragiles (Acemoglu &amp; Robinson, 2012 ; Collier, 2007).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>II. Cadre Théorique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2.1 La Théorie du Capital Humain</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Développée par Gary Becker (1964) et Theodore Schultz (1961), la théorie du capital humain postule que l&rsquo;investissement dans l&rsquo;éducation, la formation et la santé des individus constitue un facteur déterminant du développement économique et social d&rsquo;une société. À l&rsquo;inverse, le déficit d&rsquo;investissement dans ces domaines produit des effets négatifs cumulatifs et auto-renforçants qui se transmettent d&rsquo;une génération à l&rsquo;autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Haïti, les indicateurs de capital humain demeurent parmi les plus faibles de l&rsquo;hémisphère occidental. Selon les données du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022), le pays affiche un Indice de Développement Humain (IDH) de 0,535, plaçant Haïti au 163e rang mondial sur 191 pays. Le taux d&rsquo;alphabétisation des adultes ne dépasse pas 61,7 %, tandis que le taux de scolarisation dans le secondaire reste inférieur à 35 %. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard : ils sont le reflet d&rsquo;une politique d&rsquo;abandon éducatif systémique sur plusieurs décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2.2 La Théorie de la Désorganisation Sociale</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Élaborée par Shaw et McKay (1942) dans le cadre de l&rsquo;École de Chicago, la théorie de la désorganisation sociale établit un lien causal entre la dégradation des structures communautaires — instabilité résidentielle, pauvreté concentrée, hétérogénéité ethnique — et la prévalence de la délinquance et de la criminalité. Appliquée au contexte haïtien, cette théorie permet de comprendre comment l&rsquo;effondrement des institutions familiales et communautaires, consécutif au déficit d&rsquo;investissement dans le capital social, a créé des zones de non-droit dans lesquelles les gangs armés ont pu s&rsquo;implanter durablement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les quartiers périphériques de Port-au-Prince — Cité Soleil, Martissant, Bel-Air — constituent des illustrations paradigmatiques de cette dynamique. Caractérisés par une densité démographique extrême, une absence quasi totale de services publics et une désintégration des réseaux communautaires traditionnels, ces espaces sont devenus des bastions de l&rsquo;influence des gangs armés, qui s&rsquo;y substituent aux institutions défaillantes de l&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2.3 La Théorie de l&rsquo;Anomie et la Tension Structurelle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion d&rsquo;anomie, introduite par Durkheim (1897) et reformulée par Merton (1938), désigne l&rsquo;état de dérégulation normative d&rsquo;une société dans laquelle les moyens légitimes d&rsquo;atteindre les objectifs culturellement valorisés sont inégalement distribués. Merton soutient que lorsqu&rsquo;un écart structurel se creuse entre les aspirations sociales et les opportunités réelles d&rsquo;y accéder, les individus exclus des voies légitimes ont recours à des modes d&rsquo;adaptation déviants — dont l&rsquo;innovation criminelle constitue l&rsquo;une des formes les plus répandues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette tension structurelle est particulièrement aiguë en Haïti, où des générations entières de jeunes, privées d&rsquo;accès à une éducation de qualité et à des perspectives d&#8217;emploi décent, se trouvent confrontées à une disjonction radicale entre le désir d&rsquo;ascension sociale et les possibilités concrètes d&rsquo;y parvenir. L&rsquo;intégration dans un gang armé représente alors, pour nombre d&rsquo;entre eux, une stratégie rationnelle d&rsquo;adaptation à un environnement social perçu comme fondamentalement injuste et fermé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>III. La Dette Générationnelle : Genèse et Mécanismes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3.1 Une Négligence Systémique Accumulée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de « dette générationnelle » — que nous empruntons et adaptons du champ de l&rsquo;économie intergénérationnelle (Kotlikoff, 1992) — désigne ici l&rsquo;ensemble des obligations non honorées par les générations passées envers les générations suivantes en matière d&rsquo;investissement dans le capital humain, social et institutionnel. En Haïti, cette dette s&rsquo;est accumulée sur plusieurs décennies sous l&rsquo;effet conjugué de gouvernances prédatrices, de politiques publiques défaillantes et d&rsquo;une dépendance chronique à l&rsquo;aide internationale qui a substitué des solutions exogènes à la construction d&rsquo;institutions endogènes solides.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Telle une fondation fissurée sur laquelle on aurait érigé un édifice de plusieurs étages, l&rsquo;absence d&rsquo;investissement dans la jeunesse a fragilisé l&rsquo;ensemble du tissu social, rendant l&rsquo;édifice institutionnel haïtien extrêmement vulnérable aux chocs exogènes — catastrophes naturelles, crises politiques, épidémies — qui ont successivement ébranlé le pays. Chaque génération a ainsi hérité d&rsquo;un capital institutionnel appauvri, sans disposer des ressources nécessaires pour en inverser la trajectoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3.2 L&rsquo;Effondrement des Structures Familiales et Communautaires</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;une des conséquences les plus directes de cette dette générationnelle est l&rsquo;effritement progressif des structures familiales et communautaires, qui constituent pourtant les premiers vecteurs de socialisation, de transmission des normes et de régulation des comportements individuels. En Haïti, la précarité économique extrême a conduit à l&rsquo;éclatement de nombreuses cellules familiales, à la migration forcée des parents vers les centres urbains ou à l&rsquo;étranger, et à une profonde déstructuration des réseaux de solidarité communautaire traditionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce phénomène rejoint ce que Putnam (2000) désigne sous le terme d&rsquo;érosion du « capital social », entendu comme l&rsquo;ensemble des réseaux, normes et valeurs partagées qui facilitent la coopération et la confiance au sein d&rsquo;une communauté. La destruction du capital social haïtien — résultant notamment du déracinement des populations rurales vers les bidonvilles urbains et de la déstructuration des institutions traditionnelles — a créé un vide normatif et relationnel dans lequel les organisations criminelles ont pu s&rsquo;imposer comme de nouveaux régulateurs sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3.3 Le Gang comme Institution de Substitution</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte de désorganisation sociale et d&rsquo;anomie généralisée, le gang armé remplit, paradoxalement, une fonction d&rsquo;institution de substitution (Jankowski, 1991). Il offre à des jeunes socialement exclus une forme d&rsquo;appartenance communautaire, de protection, de reconnaissance sociale et de redistribution économique que ni la famille, ni l&rsquo;école, ni l&rsquo;État ne sont en mesure de fournir. Cette logique de substitution institutionnelle confère aux gangs une légitimité sociale de fait dans les espaces où ils opèrent, rendant d&rsquo;autant plus difficile leur démantèlement par les seuls moyens sécuritaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme l&rsquo;observe Wacquant (2004) dans son analyse des « zones de relégation » urbaine, la criminalité organisée prospère non pas malgré l&rsquo;absence de l&rsquo;État, mais précisément en raison de cette absence. La défaillance institutionnelle n&rsquo;est pas un contexte neutre : elle est elle-même une condition active de production de la violence, en ce qu&rsquo;elle prive les individus des ressources normatives et matérielles nécessaires à une intégration sociale réussie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>IV. Implications Politiques et Perspectives de Rupture du Cycle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse développée dans cet article conduit à plusieurs implications importantes pour la conception de politiques publiques visant à endiguer le phénomène des gangs en Haïti. Premièrement, toute stratégie de réponse à la crise sécuritaire qui se limiterait à des interventions répressives et sécuritaires serait structurellement insuffisante, en ce qu&rsquo;elle ne s&rsquo;attaquerait pas aux causes profondes du phénomène. Une approche véritablement efficace doit nécessairement s&rsquo;inscrire dans le long terme et cibler les mécanismes de reproduction de la vulnérabilité sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, un investissement massif et soutenu dans le capital humain — éducation de qualité, formation professionnelle, protection sociale, accès aux soins — constitue la condition sine qua non d&rsquo;une rupture durable du cycle de reproduction de la violence transgénérationnelle. Comme le démontrent les travaux de Heckman (2006) sur la rentabilité sociale de l&rsquo;investissement éducatif précoce, chaque dollar investi dans le développement de l&rsquo;enfance et de la jeunesse génère des bénéfices sociaux et économiques considérablement supérieurs aux coûts engagés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, la reconstruction du capital social et institutionnel haïtien exige un effort collectif de réappropriation citoyenne des espaces communautaires, à travers des politiques de cohésion sociale, de développement local participatif et de renforcement des capacités institutionnelles des collectivités territoriales. C&rsquo;est à ces conditions que la société haïtienne pourra commencer à rembourser la dette générationnelle accumulée et à construire les fondations d&rsquo;un avenir plus équitable et plus pacifique pour les générations à venir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>V. Conclusion</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le présent article a cherché à démontrer que le phénomène des gangs armés en Haïti ne saurait être appréhendé comme un simple fait de criminalité conjoncturelle, mais doit être compris comme l&rsquo;expression d&rsquo;une crise structurelle profonde, enracinée dans des décennies de défaillances transgénérationnelles en matière d&rsquo;investissement dans le capital humain et institutionnel. La métaphore de la fondation fissurée illustre avec force cette réalité : une société qui néglige de construire les bases solides d&rsquo;un développement humain durable finit inévitablement par subir l&rsquo;effondrement de l&rsquo;édifice social qu&rsquo;elle avait tenté d&rsquo;ériger sur des assises fragiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rupture de ce cycle de reproduction de la violence passe nécessairement par une prise de conscience collective de la nature structurelle du problème et par un engagement politique fort en faveur d&rsquo;un investissement massif et durable dans le capital humain des générations futures. Il s&rsquo;agit là non seulement d&rsquo;un impératif moral, mais également d&rsquo;une condition économique et sécuritaire fondamentale pour tout projet de reconstruction nationale en Haïti.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Références Bibliographiques</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Acemoglu, D., &amp; Robinson, J. A. (2012). Why nations fail: The origins of power, prosperity, and poverty. Crown Publishers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Becker, G. S. (1964). Human capital: A theoretical and empirical analysis, with special reference to education. Columbia University Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Collier, P. (2007). The bottom billion: Why the poorest countries are failing and what can be done about it. Oxford University Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durkheim, É. (1897). Le Suicide : Étude de sociologie. Félix Alcan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heckman, J. J. (2006). Skill formation and the economics of investing in disadvantaged children. Science, 312(5782), 1900–1902.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jankowski, M. S. (1991). Islands in the street: Gangs and American urban society. University of California Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kotlikoff, L. J. (1992). Generational accounting: Knowing who pays, and when, for what we spend. Free Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Merton, R. K. (1938). Social structure and anomie. American Sociological Review, 3(5), 672–682.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Programme des Nations Unies pour le Développement [PNUD]. (2022). Rapport sur le développement humain 2021/2022. PNUD.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Putnam, R. D. (2000). Bowling alone: The collapse and revival of American community. Simon &amp; Schuster.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Schultz, T. W. (1961). Investment in human capital. The American Economic Review, 51(1), 1–17.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Shaw, C. R., &amp; McKay, H. D. (1942). Juvenile delinquency and urban areas. University of Chicago Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Wacquant, L. (2004). Punir les pauvres : Le nouveau gouvernement de l&rsquo;insécurité sociale. Agone.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Kanndjanwou célèbre ses quatre ans : entre création, réflexion et engagement culturel en Haïti</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Wilsonley]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2026 16:27:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[À LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Fondée en 2022 à Port-au-Prince, Kanndjanwou s’impose progressivement comme un espace singulier dans le paysage culturel haïtien. À l’occasion de son quatrième anniversaire, célébré ce 6 mai, Joyce Julien, membre fondateur et responsable de communication, revient sur la vision, les réalisations et les ambitions de cette organisation qui articule création artistique, recherche culturelle et engagement [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fondée en 2022 à Port-au-Prince, Kanndjanwou s’impose progressivement comme un espace singulier dans le paysage culturel haïtien. À l’occasion de son quatrième anniversaire, célébré ce 6 mai, Joyce Julien, membre fondateur et responsable de communication, revient sur la vision, les réalisations et les ambitions de cette organisation qui articule création artistique, recherche culturelle et engagement communautaire.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="740" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/12a68ff1-d7e6-401a-8f5a-283e728b6ce2-1024x740.jpeg" alt="" class="wp-image-6966" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/12a68ff1-d7e6-401a-8f5a-283e728b6ce2-1024x740.jpeg 1024w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/12a68ff1-d7e6-401a-8f5a-283e728b6ce2-300x217.jpeg 300w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/12a68ff1-d7e6-401a-8f5a-283e728b6ce2-768x555.jpeg 768w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/12a68ff1-d7e6-401a-8f5a-283e728b6ce2.jpeg 1080w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte haïtien marqué par l’instabilité et le rétrécissement des espaces culturels, Kanndjanwou est née d’un besoin presque organique qui est celui de recréer du lien entre artistes, penseurs et publics. « L’idée de Kanndjanwou est née d’un besoin de créer un espace de rencontre entre artistes, mais aussi un espace de réflexion », explique Joyce Julien, linguiste, comédien, musicien traditionnel et membre fondateur de l’organisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon lui, les initiateurs constataient un manque d’espaces capables de réunir création, discussion et expérimentation autour des réalités culturelles haïtiennes contemporaines. « Nous constations un manque de lieux où l’on peut à la fois créer, discuter, expérimenter et questionner la culture haïtienne dans ses formes actuelles », précise-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom même de l’organisation porte cette philosophie. Emprunté à une tradition haïtienne, Kanndjanwou désigne une célébration nocturne marquée par le partage, la convivialité et la vie collective. « Ce choix traduit notre volonté de ne pas être simplement une structure organisationnelle formelle, mais un espace vivant, proche des pratiques culturelles haïtiennes où la parole, la musique et la présence collective sont centrales », souligne Joyce Julien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès sa création, l’ambition allait au-delà de la simple organisation d’événements. Les fondateurs souhaitaient bâtir une structure durable, capable d’articuler création artistique, transmission et pensée critique. « Nous voulions aller au-delà de l’événementiel pour poser les bases d’un projet durable », affirme le responsable de communication, évoquant également un objectif à long terme : la création d’un espace physique entièrement dédié à la création et à la vie nocturne comme objet culturel.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="540" height="637" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/7c442f37-7d7d-4c91-a3cf-246cd9ca641c.jpeg" alt="" class="wp-image-6967" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/7c442f37-7d7d-4c91-a3cf-246cd9ca641c.jpeg 540w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/05/7c442f37-7d7d-4c91-a3cf-246cd9ca641c-254x300.jpeg 254w" sizes="auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, Kanndjanwou revendique une approche interdisciplinaire, naviguant entre musique, audiovisuel, performance, écriture et recherche. « L’interdisciplinarité nous permet de mieux saisir la complexité de la culture. Un même sujet peut être exploré à travers l’écriture, la musique, l’image ou la performance », explique Joyce Julien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des axes les plus originaux du collectif demeure son travail autour de la nuit, pensée comme espace symbolique, social et esthétique. « La nuit occupe une place importante dans l’imaginaire haïtien. Elle est liée aux récits, aux croyances, aux pratiques culturelles, mais aussi à des formes de sociabilité », rappelle-t-il. Face aux mutations sociales et à l’insécurité croissante, Kanndjanwou cherche à repenser cet espace autrement. « Notre intérêt vient de là : comprendre ces transformations et proposer une relecture artistique de la nuit. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 2022, l’organisation a multiplié ateliers, conférences, performances artistiques, espaces de discussion et productions audiovisuelles. Plus d’une douzaine d’activités ont déjà été organisées, touchant plusieurs centaines de participants. Mais pour Joyce Julien, la plus grande réussite reste ailleurs. « Notre principale réalisation reste la construction progressive d’une communauté artistique et d’un espace de réflexion. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les projets marquants figurent notamment&nbsp;<strong>Libera</strong>, lancé en 2023 autour du vodou comme espace de mémoire et de réhabilitation, une collaboration avec&nbsp;<strong>Lakou Bazilo</strong>, ainsi qu’une revisite du mouvement&nbsp;<strong>Samba yo</strong>&nbsp;des années 1980. Plus récemment, le projet&nbsp;<strong>Nan Dekou</strong>&nbsp;constitue une nouvelle étape dans la structuration de l’organisation. « Aujourd’hui, le projet Nan Dekou représente une étape importante, car il structure davantage notre démarche autour d’un thème central : la nuit », indique-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la production culturelle, Kanndjanwou investit fortement dans la formation des jeunes artistes. « Former des artistes, ce n’est pas seulement transmettre une technique, c’est aussi les aider à développer une pensée, une sensibilité et une capacité à interroger le monde », soutient Joyce Julien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’organisation privilégie ainsi des approches ouvertes, basées sur la motivation et la dynamique collective plutôt que sur des critères élitistes. « L’objectif n’est pas de sélectionner uniquement des profils déjà confirmés, mais aussi d’accompagner des personnes en développement », précise-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un pays où les défis logistiques, économiques et sécuritaires compliquent l’action culturelle indépendante, Kanndjanwou revendique l’adaptation comme méthode. « Cela demande beaucoup de créativité, d’adaptation et de solidarité », résume Joyce Julien, mentionnant le développement d’activités en ligne et le travail en réseau avec d’autres acteurs culturels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce quatrième anniversaire représente donc à la fois un bilan et une projection. « C’est un moment qui nous permet de visualiser le chemin parcouru et de choisir plus clairement nos décisions futures », confie-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour marquer cette date du 6 mai, l’organisation prévoit une activité en ligne consacrée à une journée de réflexion autour de ses quatre années d’existence. À celles et ceux qui accompagnent l’aventure depuis ses débuts, Joyce Julien adresse un message simple : « Kanndjanwou est un projet collectif et son évolution dépend de cette dynamique partagée. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Kanndjanwou devait se résumer en trois mots, son responsable n’hésite pas : « Communauté, réflexion et création. »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Wilsonley Simon | RTMI</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">simonwilsonley35@gmail.com</p>
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		<title>Ouanaminthe : lancement d’un bureau régional de l’EPPLS pour le Grand Nord</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Wilsonley]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 05:45:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) a procédé, le dimanche 26 avril à Ouanaminthe, au lancement des travaux de construction du bureau régional de l’Entreprise publique de promotion de logements sociaux (EPPLS), destiné à desservir le Grand Nord. La cérémonie de pose de première pierre s’est déroulée sous la présidence du ministre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) a procédé, le dimanche 26 avril à Ouanaminthe, au lancement des travaux de construction du bureau régional de l’Entreprise publique de promotion de logements sociaux (EPPLS), destiné à desservir le Grand Nord.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-6958" srcset="http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490-1024x683.jpeg 1024w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490-300x200.jpeg 300w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490-768x512.jpeg 768w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490-1536x1024.jpeg 1536w, http://radiotelemasseillaninfo.com/wp-content/uploads/2026/04/IMG_4490.jpeg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La cérémonie de pose de première pierre s’est déroulée sous la présidence du ministre des Affaires sociales, Marc-Elie Nelson, en présence de plusieurs responsables locaux ainsi que de citoyens appelés à bénéficier des futurs services de l’institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenant la parole, le ministre Marc-Elie Nelson a réaffirmé l’engagement du gouvernement envers les populations les plus fragiles. « Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé reste engagé en faveur des couches les plus vulnérables », a-t-il déclaré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le titulaire du MAST a précisé qu’une enveloppe globale de 7 milliards 405 millions de gourdes a été mobilisée dans le cadre du renforcement des mécanismes de protection sociale. Selon lui, ces fonds permettront notamment la mise en œuvre de subventions ciblées au profit des groupes les plus exposés à la précarité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Poursuivant son intervention, Marc-Elie Nelson a également annoncé une mesure de soutien économique en faveur des ouvriers du secteur textile. « Une aide directe de 5 000 gourdes sera accordée aux travailleurs du secteur textile grâce au Fonds d’assistance économique et sociale », a-t-il ajouté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, le directeur général de l’EPPLS, Rony Charles, a salué ce qu’il considère comme une avancée importante pour le secteur du logement social en Haïti. Il a insisté sur la nécessité d’une gestion plus rigoureuse et participative des infrastructures publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Nous devons renforcer l’implication citoyenne dans la gestion et le suivi des infrastructures publiques », a soutenu le responsable, annonçant dans la foulée la création d’un dispositif de contrôle interne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cet effet, une commission de supervision composée de neuf jeunes professionnels stagiaires sera déployée afin d’assurer le suivi des logements et le respect des normes administratives et techniques, a informé Rony Charles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Créée en 1982, l’Entreprise publique de promotion de logements sociaux a déjà réalisé près de&nbsp;<strong>1 174 unités de logement dans le Nord-Est</strong>, selon les données officielles communiquées par l’institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de cette même cérémonie, Marc-Elie Nelson a annoncé le lancement prochain d’un nouveau programme de&nbsp;<strong>1 000 logements dans le Grand Nord</strong>, réalisé avec l’appui de partenaires internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Ces logements seront prioritairement destinés aux ménages à faibles revenus », a-t-il indiqué, rappelant que le pays fait toujours face à un important déficit en logements sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En visite dans la région Nord depuis le 24 avril, le ministre a expliqué que cette tournée s’inscrit dans une volonté de proximité institutionnelle. « Cette mission vise à rapprocher les services publics des populations », a-t-il souligné, précisant qu’il poursuivra sa tournée dans le Grand Sud au cours des prochains jours.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Wilsonley Simon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">simonwilsonley35@gmail.com</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Haïti : l&#8217;État de l&#8217;indécence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[JJ, M.E.D]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 00:24:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Libres pensées]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[haïti]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des moments dans l&#8217;histoire d&#8217;un peuple où l&#8217;indignation ne suffit plus. Où les mots semblent trop petits pour contenir l&#8217;ampleur d&#8217;une honte collective. Haïti vit un de ces moments et pourtant, curieusement, ceux qui devraient rougir dorment paisiblement, le ventre plein, pendant que le reste du pays apprend à survivre avec ce [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il y a des moments dans l&rsquo;histoire d&rsquo;un peuple où l&rsquo;indignation ne suffit plus. Où les mots semblent trop petits pour contenir l&rsquo;ampleur d&rsquo;une honte collective. Haïti vit un de ces moments et pourtant, curieusement, ceux qui devraient rougir dorment paisiblement, le ventre plein, pendant que le reste du pays apprend à survivre avec ce qui reste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dix-huit millions de gourdes. Dix-huit millions. Déboursés, sans hésitation, sans débat, sans la moindre once de gêne &#8211; pour couronner un champion d&rsquo;un concours TikTok organisé sur un autre continent. Un concours de danse. Pendant que ce pays brûle, pendant que ses hôpitaux ferment, pendant que ses enfants n&rsquo;ont plus d&rsquo;école où aller, pendant que ses médecins travaillent sans salaire &#8211; l&rsquo;État haïtien a trouvé où investir. Dans des pas de danse. Sur une application étrangère. Pour une gloire qui durera le temps d&rsquo;un scroll.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas une anecdote. Ce n&rsquo;est pas un fait divers. C&rsquo;est un aveu — l&rsquo;aveu brutal, sans fard, de ce que cet État pense de son peuple, de sa jeunesse, de son avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Le mérite puni, la frivolité récompensée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque part en Haïti ce soir, un finissant de l&rsquo;École Normale Supérieure relit ses notes dans une chambre sans électricité. Il a passé quatre, cinq, six ans à étudier — à se battre contre les pannes de courant, les grèves, les rues bloquées, les frais de scolarité que sa famille a payés en se saignant. Il a tenu bon. Il a obtenu son diplôme. Et maintenant il attend. Il envoie des dossiers. Il frappe à des portes qui ne s&rsquo;ouvrent pas. Il attend un stage qui ne vient pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À quelques kilomètres de là, dans les couloirs d&rsquo;un ministère, quelqu&rsquo;un a signé un chèque de dix-huit millions de gourdes pour une tiktokeuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce contraste n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ce n&rsquo;est pas une maladresse administrative ou une erreur de jugement isolée. C&rsquo;est le reflet fidèle d&rsquo;un système qui a décidé, consciemment et méthodiquement, que le savoir ne vaut rien — et que l&rsquo;entertainment, lui, mérite d&rsquo;être financé avec l&rsquo;argent du contribuable. Un système qui envoie chaque jour le même message à sa jeunesse, gravé dans le marbre de ses choix budgétaires : « N&rsquo;étudie pas. Divertis-nous. Et surtout — tais-toi.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le finissant de la FMP qui attend son stage est une métaphore vivante de ce pays : brillant, formé, capable — et délibérément mis à l&rsquo;écart par un État qui préfère les foules désorientées aux citoyens éclairés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Un navire qui distribue du champagne pendant qu&rsquo;il coule</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Imaginez un navire en pleine tempête. L&rsquo;eau s&rsquo;infiltre par la coque. Les passagers crient. Les enfants pleurent. Et sur le pont supérieur, les officiers débouchent des bouteilles, trinquent entre eux, applaudissent un spectacle, et envoient des photos sur les réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est Haïti. C&rsquo;est maintenant. Ce n&rsquo;est pas une métaphore lointaine — c&rsquo;est la réalité quotidienne d&rsquo;un peuple qui regarde ses dirigeants célébrer pendant que tout s&rsquo;effondre autour d&rsquo;eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Hôpital Général — l&rsquo;hôpital public le plus important du pays, celui vers lequel se tournent les plus démunis quand la maladie frappe — est fermé. Pas en rénovation. Pas en restructuration temporaire. Fermé. Ses portes condamnées comme celles d&rsquo;un bâtiment abandonné, pendant que des malades errent, cherchent, supplient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résidents de l&rsquo;Hôpital de la Paix, eux, continuent de se lever chaque matin. Ils enfilent leurs blouses. Ils soignent. Ils sauvent des vies — avec des gants percés, des salles sous-équipées, des médicaments en rupture de stock — et sans salaire. Des mois sans salaire. Ces hommes et ces femmes qui ont consacré leur jeunesse à apprendre à guérir les autres se retrouvent eux-mêmes malades d&rsquo;un mal qu&rsquo;aucun stéthoscope ne peut détecter : le mépris institutionnalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pendant que tout cela se passe, 18 millions de gourdes ont trouvé leur chemin. Comme par magie. Comme si les caisses de l&rsquo;État n&rsquo;étaient vides que pour ceux qui méritent d&rsquo;être payés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le pays réel, celui qu&rsquo;on préfère ne pas voir</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sortez dans les rues d&rsquo;une ville haïtienne. N&rsquo;importe laquelle. La boue vous accueille avant même que vous n&rsquo;ayez fait trois pas — comme si la terre elle-même avait renoncé à se tenir debout, comme si le sol avait intégré la leçon que tout le monde ici finit par apprendre : se tenir debout coûte cher en Haïti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des familles entières vivent sous des tentes depuis des mois. Pas des tentes de camping — des bâches bleues, des morceaux de plastique tendus entre des bâtons, des abris de fortune qui ne protègent ni de la pluie ni du soleil ni de la violence. Des familles qui avaient une maison, un quartier, une vie — et qui ont tout perdu, chassées par des gangs armés que personne ne semble capable ou désireux d&rsquo;arrêter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des enfants qui ne sont pas allés à l&rsquo;école cette année. Ni l&rsquo;année dernière. Des enfants dont l&rsquo;avenir se rétrécit chaque jour comme une peau de chagrin, pendant que les adultes qui devraient les protéger sont occupés ailleurs — à signer des chèques, à organiser des cérémonies, à prendre des photos officielles dans des bureaux bien décorés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des mères qui font bouillir de l&rsquo;eau le soir pour tromper la faim de leurs petits — ce geste désespéré et tendre à la fois, cette façon de dire je t&rsquo;aime quand on n&rsquo;a plus rien d&rsquo;autre à donner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des quartiers entiers vidés de leur substance humaine — comme on vide une assiette d&rsquo;un revers de main. Leurs habitants jetés sur les routes, réduits à l&rsquo;état de réfugiés dans leur propre pays, dormant à même le sol sous des bâches bleues qui sont devenues, qu&rsquo;on le veuille ou non, le nouveau drapeau de la misère haïtienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce tableau n&rsquo;est pas une exception. Ce n&rsquo;est pas une crise passagère. C&rsquo;est le quotidien de millions de personnes — et c&rsquo;est dans ce contexte, face à cette réalité, que l&rsquo;État a jugé pertinent de débourser 18 millions de gourdes pour un concours TikTok.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>L&rsquo;épistémophobie comme colonne vertébrale d&rsquo;un régime</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe un mot pour désigner la peur pathologique du savoir : épistémophobie. C&rsquo;est un trouble clinique chez l&rsquo;individu. En Haïti, c&rsquo;est une politique d&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Observez les choix de cet État depuis des décennies — non pas ses discours, non pas ses communiqués officiels, mais ses actes concrets, ses budgets réels, ses priorités révélées. Ce que vous verrez, c&rsquo;est un système qui a peur de l&rsquo;université, qui se méfie du diplômé, qui préfère investir dans tout ce qui maintient les masses dans l&rsquo;immédiateté, dans l&rsquo;émotionnel, dans le spectaculaire — plutôt que dans ce qui développe l&rsquo;esprit critique, la capacité d&rsquo;analyse, le refus de l&rsquo;absurde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peuple qui pense est un peuple qui questionne. Un peuple qui questionne est un peuple qui résiste. Et un peuple qui résiste, ça ne se gouverne pas facilement — surtout quand on a des comptes à cacher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors on souffle sur la flamme du savoir. Pas assez fort pour l&rsquo;éteindre complètement — un peuple mort dans l&rsquo;ignorance totale ne se pille pas non plus. Juste assez pour qu&rsquo;elle vacille. Juste assez pour que la lumière reste faible, tremblante, insuffisante pour éclairer ce qui se trame dans les couloirs du pouvoir. On laisse les universités se dégrader. On laisse les enseignants partir. On laisse les stages devenir des mirages. Et on célèbre, avec l&rsquo;argent public, tout ce qui brille sans éclairer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est un calcul. Froid. Méthodique. Et parfaitement assumé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>La fuite des cerveaux — ou la réponse rationnelle à un système irrationnel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jeune médecin haïtien passe sept ans à étudier. Sept années de sacrifices silencieux — les nuits blanches sur des manuels usés, les repas sautés, les parents qui se privent pour payer les frais de scolarité, les petits frères qui attendent que grand frère réussisse pour que la famille respire un peu. Sept ans à tenir, à croire, à espérer que le bout du tunnel existe vraiment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et au bout de ces sept ans ? Un dossier de stage qui traîne dans le tiroir poussiéreux d&rsquo;un bureau ministériel où le téléphone sonne dans le vide. Un système qui lui dit, sans même prendre la peine de le regarder dans les yeux : tu n&rsquo;es pas une priorité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors il part. Il prend son diplôme sous le bras, il embrasse sa mère, et il prend l&rsquo;avion. Non pas parce qu&rsquo;il ne love pas son pays — mais parce que son pays, lui, ne l&rsquo;aime pas en retour. Pas avec des mots, en tout cas. Avec des actes, le message est clair depuis longtemps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et quand on pleure la fuite des cerveaux, on feint d&rsquo;oublier que ce sont les mêmes mains qui ont ouvert la cage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Ni aveugle, ni fou — juste sans honte</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On voudrait parfois pouvoir excuser ces dirigeants en criant à l&rsquo;incompétence. Ce serait presque rassurant — l&rsquo;incompétence, ça s&rsquo;explique, ça se comprend, ça laisse espérer un lendemain meilleur avec de meilleures personnes aux commandes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce que nous observons dépasse l&rsquo;incompétence. Ce que nous vivons a un autre nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils voient. Ils voient les tentes, la boue, les hôpitaux fermés, les enfants sans école. Ils traversent les mêmes rues — ou du moins, ils les survolent depuis leurs véhicules blindés aux vitres teintées. Ils savent. Ils ont les rapports, les chiffres, les statistiques. Ils savent que des gens meurent faute de soins, que des familles crèvent de faim, que des quartiers entiers ont été abandonnés aux gangs. Et ils continuent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas malgré tout ça. Avec tout ça comme toile de fond — indifférents, souverains, intouchables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas de la cécité. C&rsquo;est du mépris. Un mépris souverain, tranquille, presque élégant dans son cynisme. Le mépris de ceux qui ont compris que dans ce système, personne ne viendra jamais leur présenter la facture. Pas la justice — elle est domestiquée. Pas la presse — elle est fragmentée ou intimidée. Pas le peuple — il est épuisé, traumatisé, occupé à survivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un État qui récompense la frivolité et punit l&rsquo;excellence n&rsquo;est pas un État qui a échoué son peuple par accident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est un État qui a choisi de l&rsquo;échouer — méthodiquement, impunément, et sans le moindre remords.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Haïti, cette bougie qu&rsquo;on empêche de brûler</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant — et c&rsquo;est là où réside la tragédie la plus profonde — Haïti n&rsquo;est pas un pays sans ressources. Pas un pays sans intelligence. Pas un pays sans âme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Haïti est un pays plein de lumière. Dans ses médecins qui soignent sans salaire par pur sens du devoir. Dans ses enseignants qui font cours à la lueur d&rsquo;une bougie quand l&rsquo;électricité fait défaut. Dans ses ingénieurs qui construisent avec des bouts de ficelle ce que d&rsquo;autres construisent avec des millions. Dans ses artistes, ses écrivains, ses jeunes entrepreneurs qui inventent des solutions là où d&rsquo;autres n&rsquo;ont vu que des problèmes. Dans tous ces anonymes qui, chaque matin, choisissent de se lever et de continuer — non pas parce que c&rsquo;est facile, mais parce qu&rsquo;ils refusent de laisser l&rsquo;obscurité avoir le dernier mot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il y a des mains, aux commandes, dont le travail quotidien semble être de souffler sur cette flamme. Pas assez fort pour l&rsquo;éteindre — un peuple éteint ne génère plus rien à voler. Juste assez pour qu&rsquo;elle reste faible. Juste assez pour que la chaleur ne se propage pas trop loin. Juste assez pour que l&rsquo;ombre reste confortable pour ceux qui ont appris à prospérer dans le noir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est le crime le plus silencieux de cet État — pas les détournements qu&rsquo;on peut chiffrer, pas les contrats gonflés qu&rsquo;on peut parfois prouver. C&rsquo;est ce gaspillage systématique du potentiel humain. Ces générations entières de jeunes brillants, courageux, déterminés — réduits à choisir entre l&rsquo;exil et l&rsquo;abnégation. Ce sont toutes ces flammes étouffées une à une, méthodiquement, au nom d&rsquo;un système qui ne peut survivre qu&rsquo;en maintenant les siens dans l&rsquo;obscurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Nommer l&rsquo;innommable, pour ne plus jamais se taire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;État haïtien n&rsquo;est ni aveugle, ni dépassé, ni simplement mal organisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est honteux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Honteux dans ses priorités. Honteux dans ses silences complices. Honteux dans ce qu&rsquo;il célèbre&nbsp;&nbsp;la danse, le spectacle, la superficialité et dans ce qu&rsquo;il abandonne sans remords, la science, la santé, l&rsquo;éducation, la dignité humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Tant que des hôpitaux ferment leurs portes pendant que des galas s&rsquo;organisent dans des salles climatisées&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que des finissants de nos grandes facultés mendient un stage pendant que des likes africains se monnayent en millions de gourdes&#8230;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que des enfants dorment sous la pluie pendant que des fonctionnaires dorment sur des contrats illégalement gonflés&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que des familles entières survivent sous des bâches pendant que des budgets entiers disparaissent dans des poches privées&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot « État », en Haïti, continuera d&rsquo;être ce qu&rsquo;il est devenu depuis trop longtemps : une insulte déguisée en institution. Une promesse transformée en trahison. Un contrat social signé avec le sang du peuple — et jamais honoré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est temps de le dire. Il est temps de l&rsquo;écrire. Il est temps de le crier — dans les rues, dans les salles de classe, sur les réseaux sociaux, partout où une voix peut encore porter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;État haïtien n&rsquo;est ni aveugle, ni mêlé, ni simplement chaotique. Il est honteux. Honteux dans ses choix, honteux dans ses silences, honteux dans ce qu&rsquo;il célèbre et dans ce qu&rsquo;il abandonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que les finissants de nos grandes facultés mendient un stage pendant que des likes se monnayent en millions, tant que des hôpitaux ferment pendant que des galas s&rsquo;organisent, le mot État restera, en Haïti, une insulte déguisée en institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">JJ, M.E.D</p>
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		<item>
		<title>La numérisation du système carcéral haïtien : un outil de lutte dans la gestion des personnes récidivistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[André -John Carlemps Clervil &amp; Rutchine Auguste]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 05:49:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Vigie Universitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Éducation]]></category>
		<category><![CDATA[Étudiants]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La gestion du système carcéral en Haïti fait face à de nombreux défis, notamment la surpopulation, l’insuffisance des infrastructures et l’absence d’outils modernes de gestion des détenus. Dans ce contexte, la question de la récidive constitue une problématique majeure pour la sécurité publique et l’efficacité du système judiciaire. En effet, l’incapacité à identifier et à [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La gestion du système carcéral en Haïti fait face à de nombreux défis, notamment la surpopulation, l’insuffisance des infrastructures et l’absence d’outils modernes de gestion des détenus. Dans ce contexte, la question de la récidive constitue une problématique majeure pour la sécurité publique et l’efficacité du système judiciaire. En effet, l’incapacité à identifier et à suivre efficacement les personnes récidivistes compromet les efforts de lutte contre la criminalité. Dès lors, la numérisation du système carcéral apparaît comme une solution innovante susceptible d’améliorer la gestion des détenus et de renforcer les mécanismes de prévention de la récidive. Et la situation sécuritaire du pays ne cesse de s’aggraver depuis plusieurs années. Nous arrivons à un moment où toutes les infrastructures et les institutions de régulation sont à leurs plus bas niveaux, ce qui pousse les filles et les fils du pays à réfléchir aux solutions durables pouvant transformer la réalité dans laquelle nous nous trouvons aujourd&rsquo;hui. De surcroît, le système pénitentiaire est l&rsquo;une des victimes de cette situation, cela fait environ deux ans que les deux plus grands centres du pays ont été détruits, à savoir le Pénitencier National et la Prison civile de Croix-des-Bouquet, et plusieurs milliers de criminels sont évaporés dans la nature, personne n&rsquo;est au courant de leurs identités. Combien d&rsquo;entre eux ont été appréhendés par la police ? Cette question nous pousse vers d&rsquo;autres interrogations beaucoup plus spécifiques, existe-t-elle une base de données numérique centrale pour le système carcéral haïtien ? A l&rsquo;heure actuelle peut-on continuer d&rsquo;utiliser les méthodes anciennes ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce sens, ce travail propose une réflexion sur la vulnérabilité du système, invite l&rsquo;État et les dirigeants à se pencher vers la modernisation du système carcéral, et se propose d’analyser en quoi la digitalisation des données carcérales peut constituer un outil stratégique dans la gestion des personnes récidivistes en Haïti.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>I. Vulnérabilités du système carcéral haïtien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système carcéral haïtien présente des faiblesses structurelles importantes qui compromettent son efficacité. L’un des principaux problèmes réside dans l’absence de mécanismes fiables de gestion de l’information. En effet, les données relatives aux détenus sont souvent fragmentées, difficilement accessibles et peu standardisées, ce qui limite leur exploitation par les autorités judiciaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les recherches sur les systèmes pénitentiaires indiquent que la gestion des données constitue un défi majeur à l’échelle internationale. Selon Carneiro et al. (2021), les bases de données carcérales sont fréquemment incomplètes ou dispersées, ce qui réduit la capacité des institutions à produire des analyses fiables et à orienter les politiques publiques. Dans le contexte haïtien, cette problématique est accentuée par l’utilisation persistante de supports papier, exposés à la détérioration et à la perte. Cette situation entrave l’identification des détenus, notamment des récidivistes, et compromet la capacité de l’État à assurer un suivi efficace. Face à ces limites, la numérisation du système carcéral apparaît comme une solution stratégique. Elle implique l’intégration des technologies de l’information dans la gestion des établissements pénitentiaires, notamment à travers la mise en place de bases de données centralisées et l’utilisation de systèmes biométriques. Le rapport du projet DIGICOR (2023) mentionne que la digitalisation des systèmes correctionnels permet d’améliorer la traçabilité des détenus, de faciliter l’accès aux informations et de renforcer la coordination entre les institutions judiciaires. Elle contribue également à une gestion plus performante et plus transparente des données.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, les outils numériques permettent le développement de modèles analytiques visant à mieux comprendre les comportements criminels. Les travaux d’Ingram et al. (2022) montrent que les systèmes basés sur les données peuvent être utilisés pour évaluer les risques de récidive et améliorer la prise de décision judiciaire. Ainsi, la numérisation constitue un levier essentiel pour la modernisation du système pénal et l’amélioration de la gestion des personnes récidivistes. Cela pourrait aussi aider à développer une base de données pouvant faciliter la recherche à long terme sur les profils des détenus afin de savoir les causes et les éléments fondamentaux dans la mise en œuvre de l&rsquo;action qu&rsquo;ils/elles ont commis. Et, ces recherches peuvent servir de modèles scientifiques pour définir de nouvelles politiques publiques visant à réduire le taux de la criminalité, de la délinquance, etc. Ainsi, l&rsquo;État sera plus en mesure de retracer le profil sociologique des criminels.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>II. La récidive comme symptôme d&rsquo;un système défaillant.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les problèmes que nous connaissons aujourd&rsquo;hui ne sont pas des hasards, ils sont les résultats de la mauvaise gestion du bien commun. En ce sens, il paraît difficile de faire une analyse du système carcéral sans prendre en considération le problème structurel. Cela dit, nous ne pouvons pas négliger certains paramètres dans la gestion même du pays. Mais, dans cette section nous n’allons pas développer ce que nous entendons par “ problème structurel ”, nous évoquons seulement des éléments qui peuvent servir comme pistes de réflexion. Les problèmes institutionnels, politiques et sécuritaires sont de plus en plus complexes, pour reprendre Augustin R.« ces problèmes structurants ont contribué à la détérioration de la sécurité et du bien-être des citoyens, créant ainsi une crise profonde et complexe. » (Para. §2). Ce qui nous amène à comprendre que la crise pénitentiaire haïtienne n&rsquo;est pas un élément isolé, mais elle fait partie de la grande chaîne structurelle. Comme le montre Trouillot (1990), la crise que fait face le pays est profondément ancrée dans l&rsquo;organisation même de la nation haïtienne. Ainsi, la récidive comme symptôme d&rsquo;un système défaillant doit être pensée dans une perspective située et historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arnaud Dandoy et Roberson Édouard (2021), dans un travail réalisé sur l&rsquo;histoire de la prison en Haïti, pose une problématique majeure dans le milieu savant haïtien, celle de la structuration de la prison dès sa sociogenèse pour en arriver à sa modernisation. Son travail nous permet de saisir comment la prison peut être dangereuse si l&rsquo;on ne peut pas gérer les dérives. Ce qui nous pousse à saisir la prison comme espace de renforcement du crime d’une part, et comme espace de réinsertion d&rsquo;autre part. La première est le résultat de la défaillance du système car il ne peut pas prendre en compte le deuxième aspect&nbsp;: la réinsertion. Cette défaillance peut être traduite par plusieurs éléments. Premièrement, le manque de contrôle sur l’administration publique. Deuxièmement, l’incapacité de l’Etat à prendre des décisions autonomes et qui ne soient pas dictées par l’internationale communautaire. Troisièmement, l’irresponsabilité du système judiciaire face aux dérives. En ce sens, la récidive est le résultat de la défaillance du système de manière générale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>III- Innovation et perspectives de lutte contre la récidive&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En Haïti, le système pénitentiaire a été conçu pour accueillir environ 3 000 détenus or il en compte plus de 11 000, avec un taux d’occupation dépassant 40 % dans certains établissements (RNDDH, 2023). Cette surpopulation, couplée à des détentions provisoires prolongées (représentant près de 70 % de la population carcérale), crée un terreau fertile pour la récidive. Selon les rapports du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP), le taux de récidive en Haïti oscille entre 30 % et 40 %, un chiffre alarmant qui reflète l’inefficacité des mécanismes de réinsertion et de prévention. Par ailleurs, les coûts socio-économiques, politiques et sociaux de la récidive sont exorbitants : instabilité sociale, perte de productivité, et pression accrue sur un système judiciaire déjà saturé. Dans un pays où les opportunités économiques sont limitées, les anciens détenus se retrouvent souvent marginalisés, ce qui perpétue le cycle de la criminalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, la Prison Civile de Port-au-Prince, prévue pour 800 détenus, en héberge plus de 4 000 (OIM, 2022). Les conditions y sont inhumaines (manque d’hygiène et de soins médicaux. Alimentation insuffisante, violences entre détenus et corruption des gardiens). Ces conditions désocialisent les détenus et réduisent leurs chances de réinsertion, augmentant ainsi le risque de récidive. 70 % des détenus sont en attente de jugement, certains depuis plus de 5 ans (CNJ, 2021). Cette situation s’explique par la lenteur de la justice (manque de magistrats, corruption). L’absence de mécanismes alternatifs (libération sous caution, assignation à résidence), le coût élevé des procédures pour les justiciables pauvres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réinsertion sociale et professionnelle est cruciale pour briser le cycle de la criminalité (Gendreau et al. 1996) ». Or, les prisons haïtiennes offrent rarement des programmes de formation ou de thérapie. Il y a aussi l&rsquo;approche systémique. Ce modèle d&rsquo;approche pourrait être adapté pour désengorger les prisons, renforcer la confiance dans le système judiciaire, impliquer les communautés locales dans le processus de réinsertion. Intégrer des psychologues et travailleurs sociaux dans les prisons, comme au Rwanda, où les programmes de réconciliation post-génocide incluent un volet thérapeutique pour les détenus (Ministère rwandais de la Justice, 2020). En Colombie, le programme « Justicia Restaurativa » a réduit la récidive de 25 % chez les primo-délinquants (Université de Bogotá, 2021). Faisons de même, appliquons cela en Haïti, formons des médiateurs locaux (juges de paix, leaders communautaires) pour faciliter les accords de réparation (ex. : travaux communautaires, compensations financières). Remplaçons les peines courtes par des services à la communauté (nettoyage de quartiers, reconstruction d’écoles), comme au Portugal, où cette mesure a réduit la récidive de 18 % (Observatoire portugais de la criminalité, 2022). Ce serait des avantages pour Haïti. Et nous pouvons ajouter de corps de métier pouvant faciliter non seulement la réintégration de l’individu, mais le développement économique du point de vue micro. Ainsi,les anciens prisonniers sauront quoi faire pour gagner leur pain quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>IV. Application et limites</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la gestion actuelle, la nouvelle technologie joue un rôle clé, elle permet de contrôler et gérer les détenus d&rsquo;une part, et elle permet de consolider le système carcéral en lien avec le système judiciaire d&rsquo;autre part. C&rsquo;est dans cette optique que l&rsquo;on trouve dans certains pays, comme les États-Unis d&rsquo;Amérique du Nord, la France certains algorithmes, des logiciels spécifiques conçus dans le but de rendre plus efficace la justice ainsi que le système carcéral. Dans son travail intitulé&nbsp;<em>Comprendre la justice algorithmisée,</em>&nbsp;Aurélie Jean (2021) propose une analyse qui élucide l&rsquo;intégration des nouvelles technologies dans le système judiciaire. Cependant, comme il l&rsquo;a si bien mentionné, « il existe des opportunités et des risques dans le développement et l’utilisation d’outils algorithmiques dans le domaine de la justice, les risques de discrimination technologique et d’utilisation aveugle de la part des acteurs de la justice étant les menaces principales ». Dans ce cas, l&rsquo;intégration de cette technologie doit se faire avec beaucoup d&rsquo;expertise et doit prendre en compte le contexte social et culturel haïtien si l&rsquo;on veut l&rsquo;intégrer dans notre système. Car, cette technologie peut être dangereuse d&rsquo;un côté.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De fait, plusieurs facteurs peuvent contribuer au biais algorithmique : des données faussées, des préjugés dans la conception, des facteurs sociotechniques (Awan, 2023). Sans doute, les machines sont des inventions humaines, certaines valeurs individuelles ou collectives peuvent être incorporéesdès la programmation du logiciel d&rsquo;algorithmique. Toute intégration de cette technologie dans un contexte spécifique doit prendre en considération les particularités sociales et culturelles pour éviter certaines formes de préjugés. Dans le cas précis d&rsquo;Haïti, face à la montée de la violence et les problèmes institutionnels que connaît le pays, cette modernisation doit être plus globale. Elle doit d&rsquo;abord tenir compte de la modernisation de l&rsquo;institution policière et de la justice haïtienne dans sa généralité. Ensuite, elle doit être définie dans un cadre légal accessible aux institutions régaliennes. Ce qui facilite l&rsquo;interconnexion des systèmes et limitera les erreurs. Ainsi, les données seront utilisées par les institutions pour les besoins nécessaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Conclusion&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est clair que la numérisation du système carcéral haïtien ne constitue pas un luxe technologique, mais une nécessité stratégique. Face à l&rsquo;effondrement des infrastructures pénitentiaires, à la perte de milliers de dossiers et à l&rsquo;incapacité croissante de l&rsquo;État à identifier et à suivre les personnes récidivistes, les méthodes traditionnelles de gestion des détenus ont montré leurs limites de manière évidente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La digitalisation des données carcérales offre des perspectives prometteuses, elle représente donc un levier réel pour réduire la récidive et renforcer la sécurité publique. Cependant, cette modernisation ne saurait être importée telle quelle. L&rsquo;expérience d&rsquo;autres pays, notamment les États-Unis et la France, nous enseigne que les outils algorithmiques comportent des risques réels de biais et de discrimination lorsqu&rsquo;ils ne sont pas encadrés rigoureusement. Dans le contexte haïtien, marqué par des fragilités institutionnelles profondes et une crise structurelle multidimensionnelle,l&rsquo;intégration de ces technologies exige une démarche progressive et contextualisée : modernisation préalable des institutions policières et judiciaires, élaboration d&rsquo;un cadre légal adapté, et formation des acteurs concernés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, la transformation du système pénitentiaire haïtien ne peut se réduire à une question technique. Elle engage une volonté politique, une vision à long terme et une responsabilité collective. La numérisation en est un outil essentiel, à condition qu&rsquo;elle s&rsquo;inscrive dans une réforme plus globale, respectueuse des réalités sociales et culturelles du pays. C&rsquo;est à ce prix que l&rsquo;État haïtien pourra espérer briser le cycle de la récidive et poser les bases d&rsquo;un système pénal plus juste et plus performant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Augustin, R. (2025). Crise sécuritaire et humanitaire en Haïti : Causes, répercussions et solutions durables. Études caribéennes, 60-61.&nbsp;<a href="https://doi.org/10.4000/14few">https://doi.org/10.4000/14few</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Awan, A. A. (2023). What is algorithmic bias? DataCamp.&nbsp;<a href="https://www.datacamp.com/blog/what-is-algorithmic-bias">https://www.datacamp.com/blog/what-is-algorithmic-bias</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Carneiro, G. F., Cardoso, R. A. L., Dorés, À. P., &amp; Menezes, J. E. X. (2021). Perspectives and challenges in the analysis of prison systems data.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Crisis Group (2025) : Analyse de la transition politique et de l’impact des&nbsp;<a href="http://gangscrisisgroup.org/">gangscrisisgroup.org</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dandoy, A. et Edouard, R. (2021). Émergence de la prison moderne en Haïti : discours, pratiques, institutions. Déviance et Société, 45(3), 383-415.&nbsp;<a href="https://doi.org/10.3917/ds.453.0025">https://doi.org/10.3917/ds.453.0025</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">DIGICOR Project. (2023). Digitalisation in correctional systems.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ingram, E., Gursoy, F., &amp; Kakadiaris, I. A. (2022). Accuracy, fairness, and interpretability of machine learning criminal recidivism models.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean, A. (2021). Comprendre la justice algorithmisée. Variances.&nbsp;<a href="https://variances.eu/?p=6098">https://variances.eu/?p=6098</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">ONU/OHCHR (2025-2026) : Rapports sur les droits humains et la violence des gangs en Haïtihrw.org&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">PNUD (2023-2025) : Programme d’appui à la justice et lutte contre l’impunité (PAJLI)<a href="http://undp.org/">undp.org</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">RNDDH (2023-2024) : Données sur les jugements pénaux et la surpopulation carcéralehrw.org</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trouillot, M.-R. (1990). Haiti, state against nation: The origins and legacy of Duvalierism. Monthly Review Press.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À propos des auteurs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">André-John Carlemps CLERVIL, étudiant finissant en anthropologie/Sociologie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ruthchine AUGUSTE, diplômée en sciences informatiques, passionnée par les réseaux, les bases de données, la gestion de projet et la rédaction technique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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