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En Haïti, la corruption n’est plus l’exception : elle est devenue un mode de gouvernance, un rouage central d’institutions censées protéger les plus vulnérables. À l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA), cette dérive semble avoir trouvé un visage. Celui de Ronald Bazile, directeur général, aujourd’hui au cœur de multiples accusations de mauvaise gestion, de détournement de fonds et de collusion avec des acteurs déjà épinglés pour avoir pillé les ressources de l’institution. Dans un pays où l’impunité est érigée en norme, l’ONA apparaît, une fois de plus, comme le théâtre d’un scandale de trop.
Ronald Bazile est en effet cité dans plusieurs dossiers sensibles. Selon diverses sources internes, il agirait en toute impunité, multipliant des pratiques assimilables à de la corruption, tout en s’entourant d’anciens responsables révoqués pour des faits graves de vol et de mauvaise gestion. Ces derniers compteraient aujourd’hui parmi ses alliés les plus proches.
Parmi eux figure Chesnel Pierre, accusé d’avoir dilapidé des fonds dans le cadre du programme de crédit ONA Fanm. Actuellement directeur de l’Association des anciens directeurs, il continuerait, selon plusieurs témoignages, à détourner des ressources de l’ONA avec la complicité présumée de Ronald Bazile.
S’ajoutent également Adolphe Guillaume et Jean Alix Boyer, tous deux révoqués pour leur implication présumée dans une affaire de faux livrets d’assurance établis au nom de Madame Chalito Baker, dans le but de percevoir une somme estimée à deux millions de gourdes. Malgré la gravité des faits, ces deux hommes seraient aujourd’hui parmi les soutiens les plus fidèles de Ronald Bazile.
Autre cas troublant : Pierre Jean Louis, employé de la Direction Générale des Impôts (DGI), percevrait simultanément une pension de l’ONA. Il serait présenté comme le bras droit du directeur général, soulevant de sérieuses interrogations sur les conflits d’intérêts au sein de l’institution.
Erna Beaulieu, ancienne Directrice Générale Adjointe de l’ONA pendant plus de dix ans et bénéficiaire d’une pension depuis plus d’une décennie, ferait partie du cabinet de Ronald Bazile. Elle avait été révoquée sous la présidence de Michel Joseph Martelly pour avoir écarté un dossier impliquant Bernard Degraf, un précédent qui continue de susciter des controverses.
Me Georges Dhéré, précédemment révoqué pour des comportements jugés inappropriés au sein du cabinet de Sandro Joseph, occupe aujourd’hui le poste stratégique de Directeur des affaires juridiques sous l’administration Bazile.
En août 2025, Ronald Bazile annonçait sur les ondes de Radio Métropole la distribution imminente de 100 000 cartes d’assurés. Pourtant, en janvier 2026, aucune de ces cartes n’aurait été remise, alors même que les employés et les entreprises continuent de verser régulièrement leurs cotisations à l’ONA.
Plus alarmant encore, depuis plus de dix mois, près de 60 % des employés absents de leur poste continueraient de percevoir leur salaire, selon des sources internes. Parallèlement, de nombreux assurés – ouvriers d’usines, enseignants et travailleurs du secteur privé – affirment s’acquitter scrupuleusement de leurs obligations. Ils dénoncent cependant un système de prêts réservé en priorité aux proches du directeur général, à ses amis et à des personnes jugées « stratégiques ».
Face à cette situation, les assurés expriment colère et exaspération. Ils réclament des réponses urgentes et une réforme profonde de l’ONA. Le mode de gestion de Ronald Bazile pose un grave problème de gouvernance et illustre, une fois de plus, l’enracinement d’une corruption systémique qui mine les institutions publiques haïtiennes au détriment de ceux qu’elles sont censées servir.
Jeff Jean