Auteur : Feguerson Fegg Thermidor

Gonaïves : fin d’année dans le noir, la soupe de giraumon en sursis

Aux Gonaïves, la fin d’année se déroule dans une obscurité inhabituelle. Privée d’électricité, la ville voit ses rues s’éteindre et ses nuits s’allonger. À l’approche du Nouvel An, la misère et le manque d’argent rendent difficile la préparation de la soupe de giraumon, symbole fort de l’identité haïtienne, obligeant les habitants à réinventer leurs traditions sans en perdre le sens.

Aux Gonaïves, la fin d’année arrive sans éclat. La ville, privée d’électricité, voit ses nuits s’étendre et ses rues se faire plus calmes. Là où décembre annonçait autrefois une agitation festive, s’installe aujourd’hui une atmosphère plus retenue, faite de pas mesurés et de rencontres brèves. Le temps semble ralentir, invitant à une autre manière d’habiter la ville.

Noël n’est pas en Haïti comme il l’est ailleurs. Aux Gonaïves, il ne s’exprime ni par l’abondance des lumières ni par les décorations visibles. Il se vit davantage dans l’espace privé, dans les maisons et les cours, à travers des gestes simples et des échanges familiaux. La fête se fait plus intérieure, plus sobre, mais elle demeure présente.

L’absence d’électricité influence profondément le quotidien, sans toutefois suspendre la vie collective. Elle oblige à des ajustements, modifie les habitudes et impose un rythme différent. Les soirées se raccourcissent, les activités se déplacent vers le jour, et la ville apprend à fonctionner dans une temporalité plus lente, presque contemplative.

Malgré ces contraintes, un esprit de communauté continue de structurer la fin d’année. Les habitants partagent ce qu’ils ont, s’entraident et maintiennent des liens essentiels. Cette solidarité ordinaire, souvent invisible, permet à la ville de rester debout et de traverser la période avec retenue et patience.

À la fin du mois de décembre, la réalité économique s’impose avec plus de dureté. Une grande partie de la population vit dans la misère, comptant chaque gourde, chaque provision. Les marchés sont moins animés, les achats se font au détail, et beaucoup de familles peinent à réunir le strict nécessaire pour marquer le passage à la nouvelle année.

La préparation de la soupe de giraumon, symbole fort du 1er janvier haïtien, devient alors un véritable défi. Trouver une courge, un morceau de viande, quelques légumes relève parfois de l’exploit. Pourtant, malgré les difficultés, la soupe reste une priorité culturelle. Même réduite, partagée ou préparée collectivement, elle conserve sa valeur symbolique : celle de la dignité, de la mémoire et de l’espoir transmis de génération en génération.

Sur le plan culturel, cette fin d’année marque moins une rupture qu’une transformation. Les grandes manifestations se font rares, mais les pratiques culturelles trouvent refuge dans des espaces plus intimes. Les histoires circulent encore, la musique se transmet à voix basse, et les traditions se perpétuent dans la discrétion. La culture s’adapte au contexte, sans disparaître.

Aux Gonaïves, la culture de fin d’année se vit ainsi dans la continuité. Elle se manifeste dans la parole partagée, dans la mémoire collective, dans la capacité à célébrer autrement. Même sans lumière électrique et malgré la précarité, la ville conserve ses repères symboliques et affirme, avec sobriété, sa manière propre d’entrer dans une nouvelle année.

Feguerson Fegg THERMIDOR

ecrivainfeguersonthermidor@gmail.com

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