Auteur : RTMI

La CARICOM tire la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la crise politique en Haïti

La Communauté caribéenne (CARICOM) a exprimé, mardi, sa « grande préoccupation » face aux troubles internes persistants en Haïti, appelant l’ensemble des acteurs politiques et institutionnels à placer « l’avenir de leur peuple et de leur pays au-dessus de tout ». Dans un contexte de transition déjà fragile, l’organisation régionale estime que le pays traverse un moment critique qui exige stabilité, sang-froid et sens des responsabilités de la part des dirigeants haïtiens.

Dans un communiqué officiel, la CARICOM souligne que ces tensions surviennent à « un moment délicat », alors que la situation sécuritaire, politique et humanitaire demeure extrêmement précaire. L’organisation insiste sur l’urgence de prioriser le bien-être de la population haïtienne, confrontée à une violence endémique et à une détérioration continue des conditions de vie.

Cette prise de position intervient quelques jours après une démarche formelle de la Conférence nationale des acteurs pour une nouvelle gouvernance (NCANG), qui a adressé, le 23 janvier, une lettre à la secrétaire générale de la CARICOM, la Dre Carla Barnett. Dans ce courrier, dont une copie a été obtenue par la Caribbean Media Corporation (CMC), la NCANG, appuyée par plusieurs organisations de la société civile, sollicite l’intervention de la CARICOM pour la « création immédiate d’un comité de médiation et de transfert du pouvoir ».

Les signataires de la lettre alertent sur « la gravité de la crise nationale » et sur la détérioration rapide de la situation politique et sociale en Haïti, à l’approche de l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue pour le 7 février 2026. Selon eux, la mise en place d’un comité de médiation impartial et inclusif est devenue indispensable afin de faciliter des négociations entre les différentes parties prenantes et de parvenir à un consensus sur une nouvelle architecture gouvernementale appelée à succéder au CPT.

Haïti est sans chef d’État élu depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021. Depuis lors, le pays est plongé dans une instabilité chronique, marquée par la montée en puissance de gangs lourdement armés qui contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et défient ouvertement l’autorité de l’État.

Le mandat du CPT, institué par l’accord politique du 3 avril 2024 pour conduire le pays vers des élections, arrive à son terme dans un climat de fortes tensions internes. La semaine dernière, une résolution visant à destituer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait obtenu l’appui de cinq membres du Conseil, avant que l’un d’eux, Smith Augustin, ne se rétracte et refuse finalement de la signer.

Malgré ce revers, deux membres influents du CPT, Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, ont réaffirmé, lors d’une conférence de presse, leur intention de poursuivre les démarches pour évincer le chef du gouvernement dans un délai de trente jours, conformément aux procédures qu’ils estiment établies. Une position qui intervient en dépit des avertissements explicites des États-Unis, lesquels ont laissé entendre qu’une telle initiative pourrait entraîner des conséquences.

« C’est nous qui avons nommé Didier Fils-Aimé en novembre 2024. C’est nous qui avons travaillé avec lui pendant un an, et c’est à nous qu’il revient de promulguer un nouveau décret nommant un nouveau Premier ministre, un nouveau gouvernement et une nouvelle présidence », a déclaré Leslie Voltaire.

De son côté, le Premier ministre Fils-Aimé a adopté un ton ferme. Lors d’une cérémonie de la police à Port-au-Prince, il a averti que ni « les criminels en cravate ni les criminels en tongs » ne dicteraient la conduite de l’État, promettant une réponse « sans faiblesse, sans compromis » à toute tentative de déstabilisation. Présent à l’événement, le chargé d’affaires américain, Henry Wooster, a affirmé qu’il était « essentiel » que Fils-Aimé demeure en poste pour préserver les efforts engagés contre les gangs armés.

Dans son communiqué, la CARICOM reconnaît que l’impasse actuelle au sein du CPT, alimentée par les tentatives infructueuses de destitution du Premier ministre, complique davantage un processus de transition déjà sous forte tension. « Pendant ce temps, le peuple haïtien continue de subir des violences et des privations inimaginables », déplore l’organisation, qualifiant la situation d’« inacceptable ».

Face à cette crise multidimensionnelle, la CARICOM réaffirme la disponibilité de son Groupe de personnalités éminentes pour faciliter un accord entre les différentes parties, dans l’objectif de sortir de la fragmentation politique actuelle, qu’elle juge bénéfique uniquement aux gangs. D’autres instances régionales, dont le Groupe de politique environnementale et le Groupe des anciens Premiers ministres des Caraïbes, ont également mis en garde contre les risques majeurs d’un échec à parvenir à un consensus avant le 7 février 2026.

En conclusion, la CARICOM réitère son appel à la responsabilité collective, exhortant les acteurs haïtiens à agir « avec urgence et patriotisme » afin de rétablir une stabilité politique et sécuritaire durable, condition indispensable à l’organisation d’élections crédibles et à la relance économique du pays.

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