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Après plus de trois décennies à faire vibrer les cultures afro-caribéennes sur Radio France Internationale (RFI), Claudy Siar voit son émission Couleurs Tropicales s’arrêter brutalement. Une décision officielle évoquant une « page qui se tourne », mais que l’animateur associe à ses engagements panafricanistes et à un climat médiatique de plus en plus hostile aux voix critiques.

Le 27 mars 2026, Radio France Internationale (RFI) a officialisé la fin de Couleurs Tropicales, émission emblématique portée pendant 31 ans par Claudy Siar. Une décision présentée avec la sobriété des communiqués institutionnels, mais que l’animateur, lui, vit comme une rupture brutale – le signe, peut-être, d’un malaise plus profond entre engagement, parole libre et ligne éditoriale.
Lancée le 13 mars 1995, Couleurs Tropicales n’était pas qu’un simple programme musical. C’était un carrefour culturel, une scène ouverte aux voix africaines, caribéennes et diasporiques, un espace où les rythmes du continent et de ses extensions trouvaient une visibilité internationale. Pendant plus de trois décennies, l’émission a contribué à faire émerger des artistes, à construire des passerelles entre les peuples et à inscrire les cultures noires dans une dynamique mondiale.
Pour des millions d’auditeurs, notamment en Afrique francophone, Couleurs Tropicales était un rendez-vous incontournable. À travers les ondes de RFI – qui touche plus de 72 millions d’auditeurs chaque semaine -, Claudy Siar a incarné une certaine idée de la radio : engagée, ouverte, profondément ancrée dans les réalités des peuples.
Mais cette voix, justement, dérange.
Sur ses réseaux, l’animateur n’a pas hésité à établir un lien direct entre la fin de son émission et ses prises de position :
« Mes prises de position sont à l’origine de la suppression de Couleurs Tropicales. À l’intérieur de RFI, des personnes qui n’aiment pas le panafricanisme œuvraient depuis très longtemps pour qu’on nous élimine. Voilà, c’est fait… »
Une déclaration lourde de sens, qui dépasse le simple cadre d’un différend professionnel. Car Claudy Siar n’est pas seulement un animateur : il est une figure du panafricanisme contemporain, un acteur culturel engagé dans la valorisation des identités afro-descendantes et dans la lutte pour leur reconnaissance.
Dans une vidéo publiée le 27 mars, il va plus loin, dénonçant une version officielle « qui ne reflète en rien la situation actuelle ». Selon lui, la fin de l’émission était envisagée, mais pas dans ces conditions, ni à cette échéance. « Si cela avait été de mon fait, c’est moi qui aurais annoncé la fin du programme », insiste-t-il, révélant que des discussions sont désormais en cours entre avocats.
Au-delà du conflit contractuel, c’est une lecture politique qu’il propose. L’animateur évoque une « extrême droitisation » de la société française, qui tendrait à marginaliser les voix engagées, en particulier celles issues des diasporas africaines.
« On peut mettre fin à mes contrats, mais jamais à mes combats », martèle-t-il, avant d’ajouter : « Je n’accepterai jamais le racisme, toutes les formes de racisme, jamais. »
Ce départ intervient dans un contexte déjà tendu pour Claudy Siar, écarté un an plus tôt de France 24, où il présentait l’émission À l’Affiche. Là encore, il avait attribué son éviction à ses prises de position.
Pour ses auditeurs, la disparition de Couleurs Tropicales laisse un vide difficile à combler. « Vos messages sont des pansements pour nous en ce moment », confie-t-il, touché par l’élan de solidarité venu des quatre coins du monde.
Car au fond, la question dépasse un homme et une émission. Elle interroge la place des voix africaines et afro-descendantes dans les grands médias internationaux. Elle pose, aussi, la question de la liberté d’expression lorsqu’elle se conjugue à l’engagement.
RFI promet déjà de nouveaux projets pour continuer à promouvoir les cultures africaines. Mais pour beaucoup, l’héritage de Couleurs Tropicales ne se remplace pas, il se transmet, ou il se perd.
Et dans ce combat pour la mémoire, Claudy Siar semble déjà avoir choisi son camp : celui d’une parole libre, dérangeante, mais profondément enracinée dans l’histoire et les luttes des peuples noirs.
RTMI