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Le carnaval est la plus grande manifestation culturelle d’Haïti. Chaque année, dès le mois de janvier, la population commence à ressentir la chaleur du carnaval jusqu’au grand défilé des trois jours gras au mois de février. C’est l’un des événements les plus attendus du pays, à la fois sur le plan culturel, artistique et populaire.
Traditionnellement organisé dans la capitale ou dans d’autres grandes villes du pays, le carnaval national se distingue par ses couleurs éclatantes, ses décorations spectaculaires, ses danses, ses méringues et son ambiance festive unique. Des groupes à pied, des chars musicaux et de nombreuses formations artistiques se préparent pendant des mois pour proposer des méringues carnavalesques capables de marquer les esprits.
Cependant, en raison de l’instabilité politique et surtout de l’insécurité généralisée, le carnaval n’a pas été organisé en Haïti depuis 2021. La dernière édition nationale avait eu lieu à Port-de-Paix. Depuis, chaque année relance le même débat : faut-il maintenir le carnaval malgré un contexte national aussi fragile ?
Cette année, la question se pose avec encore plus d’insistance. Plusieurs artistes et acteurs culturels ont déjà pris position. L’artiste Tjo Zenny a affirmé que son carnaval est déjà prêt. De son côté, le groupe Vwadèzil, avec Fresh La, a officiellement annoncé son titre carnavalesque intitulé « Se Pa Tit ou Piti », preuve que les groupes musicaux se préparent activement à une éventuelle édition. De nombreux autres acteurs du secteur culturel expriment également leur souhait de voir le carnaval se tenir.
Sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, Olfton Benoit, de l’émission AKTYALITE HMI, s’est clairement prononcé en faveur de l’organisation du carnaval. Pour lui, il s’agit d’un rendez-vous culturel majeur qui ne doit pas disparaître. Ankinson Bélizaire, plus connu sous le nom de Zigizag Zagalo, partage cette position. Selon lui, le carnaval est une fête culturelle nationale qui ne peut être continuellement annulée malgré les difficultés. Il propose même la ville des Cayes comme destination privilégiée pour accueillir le carnaval national. La ville des Cayes, troisième ville du pays, avait d’ailleurs organisé l’un des plus beaux carnavals de l’histoire récente en 2012.
Au-delà de la fête, le carnaval représente aussi un véritable moteur économique. Il permet de relancer l’économie locale et nationale : petits marchands, vendeurs, hôteliers, restaurateurs, propriétaires de plages, artisans et travailleurs informels bénéficient directement de cette activité. Pour de nombreuses familles, le carnaval représente une opportunité rare de générer des revenus.
L’hypocrisie carnavalesque
Il existe dans cette société une forme d’hypocrisie qu’on préfère ne pas nommer. L’année 2025, largement marquée par les assauts répétés de groupes armés, en est l’illustration parfaite. Malgré le climat d’insécurité, la plupart des artistes et groupes musicaux ont parcouru le pays pour animer de grandes soirées privées, notamment dans la capitale. Des événements coûteux, inaccessibles pour la majorité de la population, qui se sont déroulés sous projecteurs, bouteilles pétillantes et stories Instagram. Pendant ce temps, le reste du peuple observait, impuissant, derrière l’écran.
Pourtant, lorsqu’il s’agit d’organiser le carnaval – la seule festivité réellement populaire, le seul moment où le pays peut célébrer collectivement sans ticket VIP – soudainement la carte de l’insécurité est brandie. Comme si les soirées privées se déroulaient sur une autre planète, miraculeusement épargnée par les balles, les kidnappings et le chaos quotidien.
Plus tôt cette semaine, certains internautes ont d’ailleurs effleuré cette contradiction sur les réseaux sociaux. « Lè pou n pran plezi nou nan otèl ak jazz nou pa gen ensekirite, moman ti pèp la pral rive, piga m tande plenyen », pouvait-on lire sur Facebook.
Le carnaval pris dans la temporalité politique
Par ailleurs, un autre élément majeur reste encore au débat cette année: la date du 7 février. Cette date est particulièrement importante sur le plan politique, car elle marque une étape clé dans la transition. Tous les regards sont tournés vers l’évolution de la situation, notamment en ce qui concerne le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), appelé à remettre le pouvoir. La manière dont cette transition se déroulera pourrait influencer directement la décision d’organiser ou non le carnaval. Le 7 février apparaît donc comme une date à surveiller de très près.
Ainsi, la question demeure ouverte : faut-il privilégier la prudence sécuritaire au détriment de la culture, ou trouver une formule adaptée permettant de célébrer le carnaval tout en garantissant la sécurité de la population, dans un contexte politique en pleine évolution ? Une chose est certaine: le carnaval reste un symbole fort de l’identité haïtienne, un espace d’expression populaire, de résistance culturelle et d’espoir pour tout un peuple.
Par : Masner Christophe dit Mass-Power Mache Konpa