Auteur : La rédaction

Refuser de payer le luxe du conseiller-président Emmanuel Vertilaire coûte son poste à un consul

Un refus formulé au nom des règles de gestion des fonds publics a conduit à l’éviction d’un responsable diplomatique haïtien en poste à Santiago, en République dominicaine. Stephen Junior CHERENFANT, chef de poste a.i. du consulat général d’Haïti, a été relevé de ses fonctions après avoir décliné la prise en charge de dépenses jugées personnelles lors du séjour privé de la famille du conseiller-président Emmanuel Vertilaire.

Dans une note explicative adressée au ministère des Affaires étrangères, le diplomate retrace les faits depuis « l’appel téléphonique reçu le dimanche 15 décembre 2025, aux environs de onze heures du matin », l’informant de l’arrivée imminente de l’épouse et des deux enfants du conseiller-président. En raison d’un retard de vol et d’une arrivée tardive à la frontière de Dajabón, il explique avoir facilité temporairement leur entrée par la zone de CODEVI, évoquant des impératifs de sécurité. « J’ai pris la responsabilité, dans un souci de protection et de sécurité, de faciliter leur entrée et de prendre à ma charge un hébergement hôtelier pour la nuit », écrit-il.

Arrivée à Santiago, la famille est ensuite accompagnée pour la visite d’une résidence qu’elle choisit. « J’ai procédé au paiement de cet hébergement avec mes fonds personnels », précise encore Stephen Junior CHERENFANT, ajoutant avoir ensuite rejoint son bureau pour assurer ses obligations professionnelles, notamment liées à un dossier sensible traité par le consulat.

La situation bascule le lendemain. Le consul affirme avoir été informé d’une demande portant sur « la location de quatre (4) chambres dans un hôtel de catégorie Marriott, ainsi qu’à la mise à disposition de fonds destinés à des activités de nature personnelle ». Une requête qu’il dit avoir refusée sans ambiguïté. « Le budget du consulat ne comporte aucune rubrique autorisant la prise en charge de dépenses liées à une visite de caractère privé ou touristique de membres de la famille d’un Conseiller présidentiel », rappelle-t-il, soulignant qu’en sa qualité d’ordonnateur, il lui appartenait de « respecter strictement les règles de bonne gouvernance, de transparence et de protection des ressources de l’État ».

Malgré cette position, exposée par écrit et justifiée par des arguments administratifs, Stephen Junior CHERENFANT est informé, le 22 décembre 2025, de la fin de ses fonctions par décision du ministère des Affaires étrangères.

Un climat déjà marqué par la corruption

Cette affaire survient dans un contexte institutionnel particulièrement sensible. Emmanuel Vertilaire, représentant du parti Pitit Dessalines au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), a déjà été cité dans plusieurs dossiers ayant suscité débats et critiques au sein de l’opinion publique. Avec Louis Gérald Gilles et Smith Augustin, il figure parmi les conseillers régulièrement associés à des pratiques contestées. Selon des accusations relayées dans l’espace public, les trois hommes auraient exigé un pot-de-vin de 100 millions de gourdes pour garantir le maintien en poste de l’ancien président de la Banque nationale de crédit (BNC), Raoul Pierre-Louis. Ils sont également soupçonnés de solliciter des avantages indus auprès d’institutions en échange de nominations à des postes stratégiques, comme directeurs généraux, ambassadeurs ou ministres.

De tels comportements alimentent, auprès de nombreux observateurs, une perception critique du CPT et de ses méthodes, renforçant l’image d’une instance minée par la corruption et les pratiques clientélistes.

La révocation du consul de Santiago, consécutive à un refus motivé par des considérations budgétaires, vient ainsi s’ajouter à une série de signaux qui interrogent sur la place accordée à la rigueur administrative dans l’action publique. Plus qu’un simple différend interne, cette affaire pose la question du coût institutionnel de la loyauté et du prix à payer, pour un fonctionnaire, lorsqu’il choisit de s’en tenir aux règles.

RTMI

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