Auteur : Simon Wilsonley

Jerry Registe appelle à « ouvrir la boîte » des possibles pour la jeunesse haïtienne

Intervenant autour du thème « Ann kreye Ayiti nou vle viv la », Jerry Registe a livré, le samedi 28 mars à l’hôtel Montana, une réflexion dense et structurée sur les enjeux de la jeunesse en Haïti. Entre données alarmantes, analogie scientifique et plaidoyer politique, l’acteur de Youth Advocacy invite à repenser en profondeur les politiques publiques pour transformer le potentiel des jeunes en levier de reconstruction nationale.

Parler de la jeunesse en Haïti, insiste d’entrée de jeu Jerry Registe, « ce n’est pas simplement évoquer une catégorie démographique ». C’est, selon lui, « interroger une réalité complexe, plurielle et profondément structurante pour l’avenir de notre société ». Refusant toute vision homogénéisante, il préfère parler des « jeunesses », soulignant la diversité des trajectoires et des conditions sociales qui caractérisent cette majorité démographique.

Les chiffres qu’il mobilise donnent le ton. En Haïti, environ 74,4 % de la population a moins de 40 ans (IHSI, 2024). Pourtant, cette prédominance numérique s’accompagne d’une marginalisation persistante. « Le taux de chômage des moins de 30 ans dépasse les 37 % », rappelle-t-il, citant la Banque mondiale (2024). Plus préoccupant encore, dans un contexte d’insécurité généralisée, « 100 % des membres de groupes armés sont des jeunes âgés de 15 à 29 ans », selon un communiqué de l’UNICEF Haïti (décembre 2025). Pour Registe, ces données « ne doivent pas être interprétées comme une stigmatisation, mais comme le symptôme d’un déficit d’intégration sociale et économique ».

Pour illustrer cette situation, l’intervenant convoque une analogie inattendue : celle du « chat de Schrödinger », célèbre expérience de physique quantique. Dans ce dispositif théorique, un chat est à la fois vivant et mort tant que la boîte qui le contient n’est pas ouverte. « Notre jeunesse est aujourd’hui dans une situation similaire », explique-t-il. « Elle est dans une superposition de trajectoires possibles : à la fois une force démographique exceptionnelle et une population exposée à des vulnérabilités extrêmes. »

Mais, précise-t-il, à la différence de l’expérience scientifique, l’issue n’est pas laissée au hasard. « Dans la réalité sociale, elle dépend de décisions politiques, économiques et institutionnelles. » D’où la question centrale qu’il pose à l’assistance : « Qui ouvre la boîte, et avec quels moyens ? »

À partir de là, Jerry Registe déroule un plaidoyer structuré en faveur d’une transformation profonde des politiques publiques. Il appelle notamment à un alignement du système éducatif sur les mutations du XXIe siècle. Il s’agit de développer chez les jeunes des compétences « numériques, entrepreneuriales, techniques, mais aussi sociales et citoyennes », en phase avec un marché du travail en pleine mutation.

L’intervenant insiste également sur la nécessité de rompre avec une vision élitiste de la réussite. « Le marché du travail ne se limite plus aux professions traditionnelles dites “nobles” », souligne-t-il, plaidant pour la valorisation des métiers techniques, créatifs et innovants. Dans cette optique, il salue les initiatives déjà en cours, comme les expériences du Nouveau Secondaire intégrant des cours de citoyenneté et d’économie, ainsi que les lycées techniques et professionnels. Ces dispositifs, selon lui, constituent de véritables « laboratoires d’innovation éducative » à soutenir et à étendre.

Au-delà de l’éducation, Jerry Registe appelle à des mesures institutionnelles concrètes. Il plaide pour un renforcement du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, qui « ne peut rester un acteur marginal » et doit être doté de ressources budgétaires et de capacités opérationnelles à la hauteur des enjeux. Il recommande également une révision de la Politique nationale de jeunesse, afin de l’adapter aux réalités actuelles, marquées par l’insécurité, les transformations numériques et les mutations du marché du travail.

Son message est sans ambiguïté : « Une jeunesse sans perspectives devient vulnérable aux dérives. Une jeunesse accompagnée devient un moteur de transformation. » Et d’ajouter : « L’insécurité n’est pas seulement un problème sécuritaire, c’est aussi un échec de politique de jeunesse. »

En guise de conclusion, Jerry Registe rejette toute vision fataliste ou naïvement optimiste. « La jeunesse haïtienne n’est ni une fatalité, ni une promesse automatique », affirme-t-il. « Elle est une réalité en construction, une équation ouverte, un avenir en suspens. »

Dans la lignée du thème de la conférence, il lance un appel à l’action : « Ann kreye Ayiti nou vle viv la. Cela signifie faire des choix courageux, investir intelligemment et agir dès maintenant. »

Wilsonley SIMON | RTMI

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Simon Wilsonley
Simon Wilsonley

Wilsonley Simon est journaliste, étudiant en Anthropo-Sociologie. Il est passionné de la Radio et d’écriture. Sa plume, guidée par une profonde conscience sociale, s'engage pleinement au service de son pays.

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