Auteur : Jeff Jean

Haïti entre ingérence et mainmise sur les hommes d’État : l’Église catholique, une légitimation subtile du pouvoir

À l’approche du 7 février 2026, date symbolique et politiquement chargée, l’évêque Pierre-André Dumas, figure influente de l’Église catholique et membre du Rassemblement pour une Entente Nationale (REN), propose de prendre la tête d’une médiation politique. Une proposition qui, à première vue, respire la sagesse. Mais dans un pays rongé par la méfiance et les compromis d’arrière-salle, cette main tendue interroge.

Dans cette république où la crise n’est plus un événement, mais un mode de fonctionnement ; où l’international dicte, finance, valide et parfois gouverne dans l’ombre voilà que l’Église, censée être une institution spirituelle, au-dessus des joutes partisanes, glisse un pied dans l’arène. L’évêque d’un diocèse devient stratège, négociateur, porte-voix d’une plateforme politique.

Mais peut-on réellement être médiateur et acteur ? Ne court-on pas le risque de voir l’autel se transformer en tribune électorale ?

Mgr Dumas se présente comme une conscience morale, figure sans tâche. Pourtant, au sein même du REN qu’il représente, une ministre, aujourd’hui éclaboussée par des accusations de corruption portées par l’ULCC, siège encore sans être inquiétée. L’éthique est-elle à géométrie variable selon qu’on soit en soutane ou en fauteuil ministériel ?

Dans cette république de parias, les loups savent revêtir le costume de Peter Pan pour mieux séduire une population lasse et désorientée. Et pendant que les miettes du gâteau de l’État se raréfient, les appétits, eux, s’aiguisent. Certains ne veulent plus se contenter du bord de l’assiette  ils visent la table entière.

Et comme toujours, dans cette pièce que l’on joue depuis trop longtemps, le peuple est relégué au rang de figurant. Car derrière les conciliabules et les grandes déclarations de bonne volonté, ce n’est pas son avenir qui se décide  mais bien le partage du pouvoir.

Et pendant que le rideau se lève sur un nouvel acte de cette tragédie politique, tous les regards se tournent vers « les blancs ». Ceux qui seraient partis, disait-on. Mais qui, en coulisses, tiennent encore les ficelles. Car ici, ce sont eux qui auront, une fois de plus, le dernier mot.

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