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Depuis plusieurs années, Haïti semble glisser hors de son axe sans qu’aucune force ne parvienne à rétablir l’équilibre. Les institutions s’effritent, l’État se délite, la violence dicte ses propres règles et le désordre devient la norme. Ce glissement n’est pas brutal, il n’est pas spectaculaire : il est progressif, silencieux, méthodique, comme si le pays s’habituait à sa propre disparition.
Dans cette dynamique d’effondrement, une question se pose avec encore plus d’acuité : où est passée l’intelligentsia haïtienne ? Où sont les voix qui, autrefois, faisaient office de boussole morale, politique et culturelle ? Où sont ceux qui avaient la capacité de dire non, de nommer le danger, d’éclairer le chaos, de produire du sens face à l’absurde ?
À la liste des absents – ou des silencieux – figurent des écrivains, des historiens, des juristes, des philosophes, des universitaires, des journalistes, des chroniqueurs : M. Gary Victor, Michel Soukar, Dominique Batraville, Faubert Bolivar, Jean Watson Charles, Marc Exavier, Georges-Eddy Lucien, Wébert Charles, Charles Frédo Grand-Pierre, Kettly Mars, Jean-Euphèle Milcé, Gary Jacquet, Paul Maurice François, Dieulermesson Petit-Frère, Joseph Schadrac, Schneider Munder, Gabynio Wolf Leblanc, Wilbens Jeudy, Wilsonley Simon, Mirline Pierre, Marie Alice Théard, Lyonel Trouillot, Hérold Jean François, Samuel Madistin, Georges Michel, Pierre Antoine Louis, Évains Wêche, Patrick Laurent, Robert Philomé, Georges Allen, Mériles Joseph, Remus Redas, Marcel Poinsard Mondésir, Luckmann Delile, Jean Numa Goudou, Marvel Dandin, Jacky Lumarque, Dmezart Auguste, Ricardo Augustin… et tant d’autres dont la contribution n’est ni négligeable ni décorative.
Il ne s’agit pas ici de jeter l’opprobre ni de distribuer des procès. Il s’agit plutôt de rappeler une responsabilité historique. Dans un pays où l’État a cessé d’assumer son rôle de garant du sens commun, les élites culturelles et intellectuelles deviennent, par contrainte, des acteurs de premier plan. Leur silence, volontaire ou non, produit des effets politiques et laisse le champ libre aux cyniques, aux opportunistes et aux violents. Il rend l’irrationnel disponible. Il normalise l’inacceptable.
À l’approche du 7 février 2026, date qui s’annonce comme un seuil de bascule, peut-être symbolique, peut-être plus que symbolique, la question demeure : les élites haïtiennes choisiront-elles la parole ou l’abstention ? La prise de position ou le retrait ? Le rôle ou le refuge ?
La nation, plus que jamais, a besoin de hauteur, de mémoire, de pensée, et d’une vision capable de tirer le pays hors du présent brut.
Rester silencieux ne protège plus. Cela devient un choix. Et un choix lourd de conséquences.
Par : Maître Jacquet Pierre Frantz (JPF)
Merci pour la lecture de ce nouvel numéro de la rubrique « Papier Brut ».
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