Auteur : Simon Wilsonley

La nomination en lettres de sang

Il a fallu qu’un jeune de 19 ans, Wanderson Zamy, tombe sous les balles pour que le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) se décide à faire l’annonce que plus de 500 lettres de nomination d’étudiants stagiaires étaient déjà prêtes. Quelle ironie macabre : dans ce pays, les dossiers ne bougent pas avec la rigueur administrative, mais avec le sang des victimes.

Depuis des mois, ces jeunes professeurs stagiaires issus de l’École normale supérieure (ENS) et du Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF) crient, protestent, réclament simplement ce qui leur revient de droit : leurs lettres de nomination. Silence radio du ministère. Puis, soudain, après une balle mortelle tirée « pour disperser », les langues officielles se délient. Comme si la vie de Wanderson était devenue le prix à payer pour que l’administration daigne enfin communiquer.

Le directeur du bureau de communication, Idson Saint-Fleur, nous parle de « dossiers traités » et « anomalies ». Une rhétorique froide, mécanique, déconnectée du drame. À l’écouter, le vrai scandale serait que certains dossiers soient incomplets, pas que l’État, censé protéger, ait laissé tuer un de ses enfants devant son propre ministère.

Le ministre Augustin Antoine, lui, s’est déplacé chez les parents. Geste symbolique ? Sans doute. Mais que vaut une visite protocolaire face à la responsabilité politique écrasante qui lui incombe ? Comment oser présenter ses condoléances quand son ministère est pointé du doigt comme scène du crime ?

Dans un pays normal, un ministre déjà affaibli par une telle bavure remettrait sa démission sans attendre. Mais ici, en Haïti, la démission est un mot qui s’écrit sur les pancartes des manifestants, jamais dans les lettres officielles.

La vérité, c’est que Wanderson Zamy n’est pas seulement mort d’une balle,  il est mort du mépris, de l’indifférence et de la brutalité d’un système d’État pour qui la jeunesse n’est qu’une statistique. Ce jeune homme venait tout juste de passer ses examens officiels. Il rêvait peut-être d’enseigner, de construire un avenir. L’État l’a renvoyé à la morgue.

Il est temps que la justice identifie, juge et condamne les responsables, qu’ils portent un uniforme de la PNH ou un costume ministériel. Et il est temps que cesse ce cynisme d’un État qui ne parle qu’après la mort. Sinon, d’autres Wanderson paieront encore de leur vie le prix de l’incompétence.

Parce que l’éducation en Haïti ne peut pas continuer à s’écrire en lettres de sang.

Wilsonley SIMON 

simonwilsonley35@gmail.com

Partager

Simon Wilsonley
Simon Wilsonley

Wilsonley Simon est journaliste, étudiant en Anthropo-Sociologie. Il est passionné de la Radio et d’écriture. Sa plume, guidée par une profonde conscience sociale, s'engage pleinement au service de son pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *