Radio Télé Masseillan Info - Plus de sens à l'info!

En 2025, rares sont les albums qui osent aller aussi loin dans l’exploration de l’humain que MultiCo, le projet audacieux de mCo, de son vrai nom Collinx Mondésir. Artiste multidisciplinaire, producteur, chanteur, compositeur et auteur, mCo propose à travers cet album, sorti le 31 juillet dernier, une expérience émotionnelle, un espace de réflexion à la fois intime et universel.

mCo appartient à cette catégorie rare d’artistes multipotentiels, capables d’exceller dans presque tous les champs qu’ils explorent. Sa musique est pensée, construite, habitée. Chaque son, chaque mot, chaque silence a un sens. Il ne cherche pas à séduire par la facilité, mais à résonner profondément avec l’auditeur.
MultiCo pourrait bien être le meilleur album de l’année 2025, si l’on se base sur la richesse des thèmes abordés, la cohérence artistique et l’impact émotionnel. C’est un véritable album-thérapie, capable de toucher tout le monde, partout dans le monde, indépendamment de la langue ou de la culture.
Composé de dix titres, écrits en français et en créole haïtien, MultiCo oscille entre récit intime et portée universelle. L’album explore la relation à soi, la rotation intérieure, notre place dans la nature, dans la société et au cœur de nos propres contradictions.
Joint par notre rédaction au sujet de son album, Collinx a expliqué que le choix du titre ne relevait en rien du hasard. « MultiCo est une déclaration identitaire. C’est une manière pour moi d’assumer ma singularité et de créer ma propre place », a-t-il confié.
L’artiste décrit l’album comme un projet profondément introspectif et thérapeutique. Selon lui, MultiCoest avant tout « une fenêtre ouverte sur moi-même », à travers laquelle il se raconte en tant qu’être humain, tout en cherchant à se guérir de ce qu’il a vécu et de ce qu’il lui reste encore à traverser.
À la fois album-mémoire, parce qu’il retrace ses expériences personnelles, et album prémonitoire, en ce qu’il explore les possibles expériences humaines dans le mouvement de l’univers, l’œuvre se veut également un miroir de la société. « C’est un album-miroir qui met en lumière, dans l’espace public, ce que nous vivons individuellement dans le silence et qui génère beaucoup de souffrances », explique-t-il.
Collinx rapporte enfin les propos d’un proche qui qualifie MultiCo d’« album-hôpital », une image qu’il partage pleinement. L’artiste estime que chacun peut y trouver une forme de guérison, de réveil intérieur et de confiance, rappelant que l’être humain est à la fois sensible, vulnérable, mais aussi extraordinairement capable de résilience et d’accomplissement.
Chaque titre est comme un fragment de thérapie :
• Postwoma : une réflexion puissante sur les traumatismes. Ils nous changent, nous marquent, mais peuvent aussi nous transformer. Les séquelles deviennent des outils de compréhension de soi.
• Kase : une chanson nécessaire. mCo y déconstruit les stéréotypes de la masculinité. Un homme peut pleurer. On nous apprend à ne pas montrer nos émotions, mais cette injonction est un mensonge. Le titre questionne frontalement la place de l’émotion chez les hommes.
• Pale : ce morceau interroge le pouvoir du dialogue, la capacité à discuter sans fracasser, même dans le désaccord.
• Lanmòu : la coexistence de l’amour et de la mort. Aimer tout en vivant avec la peur de perdre ce que l’on aime. L’excitation de l’amour, l’angoisse du vide. Une dualité poignante.
• Melancollinx : sans doute l’un des titres les plus sincères de l’album. mCo y enlève les masques, exprime ce qui dérange, sans honte ni peur. La mélancolie y est présentée comme une vérité humaine : la vie de ceux qui tiennent debout n’est pas toujours rose. Ici, on raconte ce qui détruit, sans se cacher.
• Coloc : « M se yon flanm dife men m pè boule ». Malgré les temps difficiles, malgré le talent, la peur demeure. Une métaphore forte sur la fragilité des êtres lumineux.
Après la sortie de l’album, mCo ne s’est pas arrêté à la diffusion musicale. Il a initié un travail de suivi inédit, allant à la rencontre de différents groupes de personnes. L’artiste s’assoit, échange, écoute, dialogue avec elles dans un cadre proche de la thérapie émotionnelle, comme un véritable remède psychologique.

Ce travail de terrain, profondément humain, transforme MultiCo en bien plus qu’un projet artistique. Il devient un outil de guérison collective, un espace de parole où la musique sert de point de départ à la libération émotionnelle. Une démarche rare et visionnaire, qui constitue une grande première dans l’industrie musicale, notamment haïtienne, où un album se prolonge en acte social et thérapeutique.
Pour Belo, l’album de mCo est à la fois un travail artistique et une œuvre à portée psychologique, sociale et même thérapeutique.
« J’aime l’ensemble du projet, j’aime les sujets abordés et j’apprécie surtout la tournée qui a accompagné la sortie de cet album », a déclaré le chanteur de Lakou Trankil.
« Je me demande pourquoi un album comme celui-ci n’a pas été produit après le 10 janvier 2010. Il aurait pu servir de véritable médicament contre les traumatismes laissés par le séisme dévastateur », estime-t-il.
De son côté, le musicien Fabrice Rouzier affirme :
« Je pense que l’album de Collinx est en avance sur son temps, tant par la qualité musicale et la profondeur de ses textes que par les techniques de production utilisées. Ce type d’œuvre n’est pas conçu pour une époque précise. C’est une œuvre artistique universelle, ce qui signifie que la génération actuelle l’appréciera autant que nos petits-enfants. »
« Collinx est un artiste multidimensionnel, et cela se reflète dans la complexité de ses œuvres, malgré l’apparente simplicité des supports vidéo. On y trouve beaucoup de symboles, de messages, de leçons pour demain, mais aussi de mises en garde. Même si cet album ne connaît pas, pour l’instant, un succès populaire, il sera étudié dans les universités lorsque notre pays en aura les moyens» ajoute-t-il.
Des thèmes traversent l’album de bout en bout : la sensibilité, l’émotion, la résonance, la richesse harmonique et la vulnérabilité. Ces piliers font de MultiCo un projet sensible et profondément humain.
MultiCo n’est pas un album à consommer rapidement. C’est une œuvre à écouter, à ressentir et à vivre. Collinx Mondésir signe ici un projet courageux, introspectif et nécessaire, qui prouve que la musique haïtienne peut être à la fois intellectuelle, émotionnelle et universelle.
À l’écoute de MultiCo, on ne ressort pas simplement avec un album de plus. La sincérité qui s’en dégage et sa beauté brute en font bien plus qu’une succession de morceaux : c’est un refuge, un geste de libération, et surtout, un lien précieux entre l’art et la guérison.
Dans un pays comme Haïti, porteur de tant de blessures, anciennes ou encore vives, où la résilience est souvent une nécessité plus qu’un choix, une œuvre comme celle-là résonne avec une force rare.
En outre, le paysage musical haïtien, si riche soit-il, gagnerait à laisser plus de place à ces voix qui choisissent la profondeur plutôt que les thèmes faciles. Des œuvres qui créent un espace où la musique ne sert pas seulement à danser ou à oublier, mais aussi à se comprendre, à apaiser les cœurs et, petit à petit, à panser ce qui peut l’être.
Par : Masner Christophe ( Mass Power Mache Konpa)