Radio Télé Masseillan Info - Plus de sens à l'info!
« On nous a appris à rêver grand, mais ici, le rêve se heurte à un mur invisible. »
Ils sont diplômés, motivés, plein d’espoirs, mais la réalité qui les attend n’a rien de ce qu’ils avaient imaginé. Chaque matin, Julien, 25 ans, s’assoit devant son ordinateur, scrollant les offres d’emploi sans jamais recevoir de réponse. Chaque message ignoré pèse sur ses épaules, chaque silence rappelle brutalement l’incertitude. « Je me sens coincé, presque inutile », confie-t-il, la voix tremblante. « On nous a appris à rêver grand, mais ici, le rêve se heurte à un mur invisible. »
Ce mur n’est pas seulement économique. Les psychologues le savent bien : le chômage prolongé chez les jeunes diplômés est un facteur majeur de troubles anxieux et de dépression. Une étude récente de l’Observatoire Haïtien de la Santé Mentale montre que près de 60 % des diplômés interrogés présentent des symptômes d’anxiété sévère ou de stress chronique. Insomnie, irritabilité, crises de panique, perte de motivation : le corps et l’esprit ne savent plus où placer cette tension constante.
Pour voir l’impact réel, il suffit de marcher dans les rues de Pétion-Ville ou de Port-au-Prince. Dans les cafés et les espaces de coworking, des groupes de jeunes partagent les mêmes frustrations : la compétition féroce, les stages non rémunérés, les contacts qui n’aboutissent jamais. Chacun raconte son histoire, mais le sentiment est le même : être diplômé ne garantit plus d’avenir, et cette incertitude mine l’énergie vitale et la confiance en soi.
Les conséquences dépassent l’individu. La société perd des talents et des idées. Des jeunes qui pourraient contribuer à des projets innovants restent paralysés par la peur de l’échec et le sentiment d’injustice. Les entreprises peinent à attirer des profils qualifiés, tandis que la frustration sociale alimente l’exode et le décrochage dans des activités informelles.
Pourtant, il existe des lueurs d’espoir. Certaines organisations offrent du mentorat, du soutien psychologique et des formations continues, permettant aux jeunes de reprendre confiance, de structurer leurs projets et d’affronter le marché du travail avec des stratégies concrètes.
Julien regarde par la fenêtre, un carnet ouvert devant lui. Il note ses idées, ses projets, ses ambitions. « Je ne veux pas laisser l’inquiétude décider pour moi », dit-il. Dans ce geste simple réside la force silencieuse d’une génération entière : la volonté de continuer, malgré l’incertitude, et de faire entendre sa voix dans une société qui semble parfois sourde à son potentiel.
Par : Emmanuel Son Guillaume | RTMI
Sources et références
1. Observatoire Haïtien de la Santé Mentale et du Travail, Étude sur l’anxiété et le stress chez les jeunes diplômés, 2024.
2. American Psychological Association (APA), The Impact of Unemployment on Mental Health, 2023.
3. Organisation Internationale du Travail (OIT), Youth Employment and Mental Health, Rapport mondial, 2022.
4. Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), Rapport sur l’insertion professionnelle des diplômés en Haïti, 2021.