Auteur : Feguerson Fegg Thermidor

Redécouvrir Luce Turnier, pionnière de la modernité artistique haïtienne

Nous vous invitons à découvrir une artiste exceptionnelle, dont la force créatrice et le regard visionnaire ont profondément marqué l’art haïtien et bien au delà. Par l’originalité de son œuvre et la maîtrise de son langage plastique, Luce Turnier mérite d’être célébrée, explorée et redécouverte encore et encore. Son parcours lumineux nous révèle une femme d’une rare intensité, qui a su transformer ses influences, ses voyages et ses convictions en une esthétique profondément moderne.

Jeunesse et formation


Née le 24 février 1924 à Jacmel et décédée le 23 avril 1994 à Clichy, Marie Andrée Luce Turnier, plus connue sous le nom de Luce Turnier, grandit dans une famille de classe moyenne haïtienne. En 1937, après le passage d’un ouragan qui ravage le sud du pays, sa famille s’installe à Port au Prince, où s’ouvre véritablement son parcours artistique. Elle commence à peindre en 1944 et, à seulement 21 ans, rejoint le Centre d’art de Port au Prince. Elle y apprend les bases du dessin et de la peinture, notamment les natures mortes, les études de modèles et les paysages. Admiratrice de Candido Portinari et Käthe Kollwitz à ses débuts, elle s’en détache progressivement pour forger sa propre identité artistique.

Une femme artiste dans un milieu exigeant

Dans la société haïtienne des années 1940, les femmes de la classe moyenne ne sont guère encouragées à devenir artistes. Malgré le passage de nombreuses élèves au Centre d’art, seules quelques femmes, dont Turnier, Marie José Nadal Gardère et Rose Marie Desruisseau, s’y engagent durablement. Les artistes du Centre sont parfois perçus comme des marginaux par la bourgeoisie. En 1947, Luce Turnier organise sa première exposition avec le peintre Maurice Borno et publie certaines de ses œuvres dans le magazine Studio No. 3. Le Centre d’art devient alors un foyer de création dynamique réunissant des figures majeures comme Albert Mangonès, Gérald Bloncourt et Hector Hyppolite.

Indépendance stylistique et essor international

À une époque où l’art naïf haïtien domine le marché international, Luce Turnier refuse d’être associée à ce courant. Elle développe une recherche esthétique plus personnelle et résolument moderne, affirmant une indépendance artistique rare. Dans les années 1950, elle obtient plusieurs bourses lui permettant d’étudier aux États Unis et en Europe. Elle expose dans de nombreuses villes, notamment en Allemagne et à Paris. Installée à Paris dès 1951, elle épouse le peintre italien Eugenio Carpi de Resmini en 1954, puis le peintre français Christian Lemesle en 1965.

Exploration, maturité et héritage

À partir de 1967, son œuvre évolue vers l’abstraction et le collage. Forte d’une reconnaissance internationale, elle rentre en Haïti en 1972 et devient professeure au Centre d’art tout en poursuivant sa création. En 1993, la réalisatrice Marina de Van lui consacre un court métrage. Atteinte d’un cancer, Luce Turnier s’éteint le 23 avril 1994. Elle demeure l’une des artistes modernes les plus importantes d’Haïti, célébrée pour la fusion magistrale qu’elle a su créer entre culture populaire et modernité artistique.

Feguerson Fegg THERMIDOR
ecrivainfeguersonthermidor@gmail.com

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