Auteur : Marc Eudes PIERRE

Gonaïves: entre l’ironie et la velléité du changement 

La cité de l’indépendance a une tradition footballistique ancrée dans le temps, d’ ailleurs « Mondialito », une marque gonaïvienne, est le plus grand et ancien championnat de Vacances d’été de football de toute la république. Cette ville a vu naître des joueurs qui ont marqué l’histoire du football national haïtien: Jean Barbot, Robert Joseph, Roberto Montas, Miguel Saint-Jean, et la liste pourrait indéfiniment s’ allonger.

À quelques jours de la Coupe du monde, dans les quartiers gonaïviens densément peuplés, la fièvre de voir le pays caché par l’horizon, pour sa deuxième participation à ce grand événement, après 52 ans d’absence, est 42° C. Pourtant, un simple regard circulaire sur cette entité géographique capterait l’image d’une cité en détresse.

Trois observations méritent d’être considérées pour garantir l’objectivité.

Primo. Gonaïves est plongée dans le noir depuis mars 2022. Ce black-out total affecte l’existence même du Central électrique de la ville, une Usine portant le nom de l’illustre Simon Bolivar, fruit de la franche coopération vénézuélienne, et des sacrifices vitaux d’El Commandante Hugo CHAVEZ, feu Président de la République bolivarienne, ami fidèle et loyal du peuple haïtien.

Secundo. Les portes de la place d’armes restent fermées: haut lieu symbolique et de rassemblement social, culturel et sportif; la place de l’indépendance a été inaccessible depuis l’ été 2025, pour cause de rénovation. Un projet conçu et financé par des gonaïviens vivant à l’étranger. Une intention noble. Un élan citoyen et patriotique rare, malheureusement très mal engagé sur le terrain. Aucun panneau de chantier, à l’intention de la population, indiquant le début, la fin, la nature de la rénovation et le coût réel du projet. Pour certains donateurs, le montant s’ élève à 15.000.000 gourdes, en fonction du taux de change, par contre d’autres avancent 17.000.000. N’ayant ni commencement ni fin, ce « projet Melki Sedeck » empêchera -t-il aux fanatiques des grenadiers de se rassembler sur la place d’armes des Gonaïves pour savourer le feeling de la plus grande fête du ballon rond?

Tertio. Des dirigeants locaux déconnectés de la réalité. Ils s’improvisent et agissent à la manière des pachydermes dans un jardin d’arbres. Boom, la gestion de la Res Publica devient tout bonnement un « trip », une partie de plaisirs.

Somme toute, la célèbre ville de Maurice Alfredo Sixto paie, au prix fort et jusqu’au dernier sou de sa bourse, l’impact désastreux de la troisième phase de cette transition sous la gouverne de l’occupant de facto de la primature, un provocateur grisé par la drogue du pouvoir et l’effet des stimulants. Haïti doit changer. Le changement, c’est maintenant. 

Marc Eudes PIERRE

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