Auteur : Simon Wilsonley

Kanndjanwou célèbre ses quatre ans : entre création, réflexion et engagement culturel en Haïti

Fondée en 2022 à Port-au-Prince, Kanndjanwou s’impose progressivement comme un espace singulier dans le paysage culturel haïtien. À l’occasion de son quatrième anniversaire, célébré ce 6 mai, Joyce Julien, membre fondateur et responsable de communication, revient sur la vision, les réalisations et les ambitions de cette organisation qui articule création artistique, recherche culturelle et engagement communautaire.

Dans un contexte haïtien marqué par l’instabilité et le rétrécissement des espaces culturels, Kanndjanwou est née d’un besoin presque organique qui est celui de recréer du lien entre artistes, penseurs et publics. « L’idée de Kanndjanwou est née d’un besoin de créer un espace de rencontre entre artistes, mais aussi un espace de réflexion », explique Joyce Julien, linguiste, comédien, musicien traditionnel et membre fondateur de l’organisation.

Selon lui, les initiateurs constataient un manque d’espaces capables de réunir création, discussion et expérimentation autour des réalités culturelles haïtiennes contemporaines. « Nous constations un manque de lieux où l’on peut à la fois créer, discuter, expérimenter et questionner la culture haïtienne dans ses formes actuelles », précise-t-il.

Le nom même de l’organisation porte cette philosophie. Emprunté à une tradition haïtienne, Kanndjanwou désigne une célébration nocturne marquée par le partage, la convivialité et la vie collective. « Ce choix traduit notre volonté de ne pas être simplement une structure organisationnelle formelle, mais un espace vivant, proche des pratiques culturelles haïtiennes où la parole, la musique et la présence collective sont centrales », souligne Joyce Julien.

Dès sa création, l’ambition allait au-delà de la simple organisation d’événements. Les fondateurs souhaitaient bâtir une structure durable, capable d’articuler création artistique, transmission et pensée critique. « Nous voulions aller au-delà de l’événementiel pour poser les bases d’un projet durable », affirme le responsable de communication, évoquant également un objectif à long terme : la création d’un espace physique entièrement dédié à la création et à la vie nocturne comme objet culturel.

Aujourd’hui, Kanndjanwou revendique une approche interdisciplinaire, naviguant entre musique, audiovisuel, performance, écriture et recherche. « L’interdisciplinarité nous permet de mieux saisir la complexité de la culture. Un même sujet peut être exploré à travers l’écriture, la musique, l’image ou la performance », explique Joyce Julien.

L’un des axes les plus originaux du collectif demeure son travail autour de la nuit, pensée comme espace symbolique, social et esthétique. « La nuit occupe une place importante dans l’imaginaire haïtien. Elle est liée aux récits, aux croyances, aux pratiques culturelles, mais aussi à des formes de sociabilité », rappelle-t-il. Face aux mutations sociales et à l’insécurité croissante, Kanndjanwou cherche à repenser cet espace autrement. « Notre intérêt vient de là : comprendre ces transformations et proposer une relecture artistique de la nuit. »

Depuis 2022, l’organisation a multiplié ateliers, conférences, performances artistiques, espaces de discussion et productions audiovisuelles. Plus d’une douzaine d’activités ont déjà été organisées, touchant plusieurs centaines de participants. Mais pour Joyce Julien, la plus grande réussite reste ailleurs. « Notre principale réalisation reste la construction progressive d’une communauté artistique et d’un espace de réflexion. »

Parmi les projets marquants figurent notamment Libera, lancé en 2023 autour du vodou comme espace de mémoire et de réhabilitation, une collaboration avec Lakou Bazilo, ainsi qu’une revisite du mouvement Samba yo des années 1980. Plus récemment, le projet Nan Dekou constitue une nouvelle étape dans la structuration de l’organisation. « Aujourd’hui, le projet Nan Dekou représente une étape importante, car il structure davantage notre démarche autour d’un thème central : la nuit », indique-t-il.

Au-delà de la production culturelle, Kanndjanwou investit fortement dans la formation des jeunes artistes. « Former des artistes, ce n’est pas seulement transmettre une technique, c’est aussi les aider à développer une pensée, une sensibilité et une capacité à interroger le monde », soutient Joyce Julien.

L’organisation privilégie ainsi des approches ouvertes, basées sur la motivation et la dynamique collective plutôt que sur des critères élitistes. « L’objectif n’est pas de sélectionner uniquement des profils déjà confirmés, mais aussi d’accompagner des personnes en développement », précise-t-il.

Dans un pays où les défis logistiques, économiques et sécuritaires compliquent l’action culturelle indépendante, Kanndjanwou revendique l’adaptation comme méthode. « Cela demande beaucoup de créativité, d’adaptation et de solidarité », résume Joyce Julien, mentionnant le développement d’activités en ligne et le travail en réseau avec d’autres acteurs culturels.

Ce quatrième anniversaire représente donc à la fois un bilan et une projection. « C’est un moment qui nous permet de visualiser le chemin parcouru et de choisir plus clairement nos décisions futures », confie-t-il.

Pour marquer cette date du 6 mai, l’organisation prévoit une activité en ligne consacrée à une journée de réflexion autour de ses quatre années d’existence. À celles et ceux qui accompagnent l’aventure depuis ses débuts, Joyce Julien adresse un message simple : « Kanndjanwou est un projet collectif et son évolution dépend de cette dynamique partagée. »

Si Kanndjanwou devait se résumer en trois mots, son responsable n’hésite pas : « Communauté, réflexion et création. »

Wilsonley Simon | RTMI

simonwilsonley35@gmail.com

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Wilsonley Simon est journaliste, étudiant en Anthropo-Sociologie. Il est passionné de la Radio et d’écriture. Sa plume, guidée par une profonde conscience sociale, s'engage pleinement au service de son pays.

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