Auteur : Marc Eudes Pierre

Haïti / Élections 2026: sont-ils devenus fous?

Depuis la chute de la dynastie des Duvalier en février 1986, le pays n’est jamais ainsi descendu dans la boue et les eaux abyssales de l’incivisme, de l’insécurité, de l’insouciance politique, de l’indignité humaine et de la barbarie.

En matière de cruauté, tout est inversement et tristement accompli: des maisons remplies de personnes incendiées, des femmes enceintes exécutées, des bébés et enfants brûlés vifs, des hommes déchiquetés, dans un contexte d’indifférence totale des dirigeants envers la population.

La notion de conscience et celle d’humanité deviennent en Haïti, un paralogisme. Autrefois, terre de liberté, Haïti est aujourd’hui la risée du monde, or tout le monde s’en fiche.

Sur le plan international, l’assassinat crapuleux et spectaculaire du feu Président Jovenel MOÏSE, en sa résidence privée, le 7 juillet 2021, devait ipso facto permettre aux Nations-Unies d’appliquer le principe de « la responsabilité de protéger » (R2P) qui stipule, en substance, ce qui suit: « le devoir de la communauté internationale d’ intervenir par des moyens pacifiques ou en dernier ressort, coercitifs si un État échoue manifestement à protéger son peuple ». Pourtant la réalité est tout autre. Les États membres de l’ONU ont délibérément fermé leurs yeux sur les atrocités commises durant les six dernières années. Le pays est plutôt utilisé comme un fonds de commerce par certaines missions onusiennes et des mercenaires étrangers de tout acabit.

Sur le plan national, les arrangements douteux et ténébreux des politiciens haïtiens pour trancher les espaces du pouvoir politique à la manière des flibustiers d’autrefois qui partageaient leur butin après les actes de piraterie, sont malsains et inquiétants.

Tous les anciens présidents,   à l’exception de l’irréprochable SEM Hertha Pascal Trouillot, participent à la descente aux enfers d’Haïti à travers leur représentant soit à la tête d’un ministère soit à la tête d’une direction générale, durant cette transition.

D’autres politiciens s’érigent en GAPP ( Groupement des Assoiffés du Pouvoir Politique). Ces derniers ont signé conjointement avec le gouvernement un « pacte pour la stabilité et l’organisation des élections ». A ce jour, tout reste à faire pour la stabilité du pays: une partie du territoire est toujours contrôlée par les gangs, l’accès aux axes routiers demeure payant, un nombre élevé de citoyens déplacés, et sans carte d’identité, l’impuissance des forces de l’ordre face à la remontée du kidnapping…

Néanmoins, le gouvernement, ses alliés et le CEP, sans autre forme de procès, ont fixé au 13 décembre 2026, le premier tour de la présidentielle, des législatives et la ratifi cation constitutionnelle. En connaissance de cause, ils mettent la charrue avant les bœufs. 

Dans ce cas, pour certains observateurs, cet acte traduit une volonté farouche d’ajouter une autre dimension à la crise haïtienne qui s’installe déjà dans l’interminable, pour d’autres: « ils sont tout simplement devenus fous »

Marc Eudes PIERRE

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